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 Coalition. [Rocio.]

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MessageSujet: Coalition. [Rocio.]   Ven 22 Juin - 21:38


一緒. Ensemble.



I go faster and faster and faster and faster and faster and faster and faster.

C'était du réchauffé, et c'était dégueulasse.
Il n'a rien mangé. Il n'avait pas envie. En fait, il n'avait envie de rien. Juste de trouver sa place, de rejoindre la rue qui donnerait sur l'immeuble dans lequel il allait habiter à partir d'aujourd'hui. Car oui, Aacaeleb avait trouvé où loger. Un appartement près du centre, très bien loti, parfait pour une personne seule. Un appartement simple, juste ce qu'il fallait pour subvenir à ses besoins. À ses besoins à lui. Et à ceux d'une autre personne, pour son plus grand regret.
Il bouda son assiette et se força à goûter au petit-déjeuner nippon. Décidément, il n'y arriverait vraiment jamais, et pleurait sa tasse de chocolat comme un mioche auquel on aurait volé sa sucette. C'était un peu ce qu'il était, ici. Un mioche. Un mioche complètement perdu dans l'immensité du paysage asiatique du Soleil Levant. Dépose ses couverts l'un après l'autre. Soupire. La lumière dehors était forte. C'était une enseigne de supérette nocturne, ou quelque chose comme ça. Il faisait encore nuit. En fait, oui. Il faisait nuit. L'homme blanc écarta son plat, tomba sur le dos. Le matelas amortit sa chute, il rebondit légèrement. S'empara du réveil à sa droite. 03:06 AM. C'était tôt. Beaucoup trop tôt. Il n'avait aucune envie de rester ici plus longtemps, mais il n'avait pas envie de sortir la nuit. Après tout, il ne connaissait rien du lieu. Certainement pas la ville. Depuis son arrivée, il n'avait vu que l'aéroport et le cagibi qui lui servait de chambre d'hôtel. Les japonais n'avaient pas l'air spécialement heureux de voir un occidental s'installer chez eux. Ils ignoraient que ledit occidental comprenait leur langue, et c'était avec incrédulité qu'ils écoutaient Belia leur répondre lorsqu'il captait une méchanceté gratuite. Il n'était certes pas chez lui, mais on lui devait tout de même un semblant de respect, qu'il s'efforçait maintenant depuis une dizaine de jours de préserver.
Se relève, voit migrer ses pupilles hétérochromes en direction de son bout de ciel. Il en avait envie, de son bout de ciel. Il y voyait les étoiles. Il soupira. Dégrafa son futal avec lassitude. Juste ce qu'il fallait d'adresse pour louper la chaise du fond de la pièce, et s'effondrer sur les draps faits. Ne même pas prendre le temps de se glisser à l'intérieur. L'assiette par terre. Le verre échoué à côté de la lampe de chevet. Belia n'avait jamais aimé les salles neutres. Parce qu'elles n'appartenaient à personne et qu'il ne se sentait jamais chez lui. Il n'était pas chez lui. Il se sentait mal, mais il savait que c'était un mal pour un bien. Au final.
Quoi de mieux, hein.

Bon.

Il se tourna et se retourna. Il cherchait sa place dans un lit beaucoup trop grand. Il avait trouvé quelqu'un ayant accepté sa carcasse chez lui. Une colocation, le temps de retrouver un travail décent, le temps d'acquérir un semblant d'autonomie dans ce monde qui allait beaucoup trop vite pour lui. Il voyait les choses en double à défaut de ne rien voir. Fermait les yeux. Respirait. Quelque part, il était déjà hors la loi. La nourriture qu'il avait tenté d'avaler était interdite dans les chambres. Il pensait. Il pensait à de la musique, comblait le vide de ne pouvoir en mettre. Ses orteils s'entortillaient entre eux. Ses pieds se touchaient. Il mordillait le coin de sa lèvre et jouait avec le piercing qu'il avait oublié de retirer. Il le retira. Il se mangeait les lèvres, du coup. Il ne savait pas quoi faire en attendant le matin. Qu'il puisse s'échapper de sa prison d'adamantium.
Rapsodie des balles perdues. Des sons oubliés à travers la vitre sale de l'hôtel mitoyen. Des bruits de la rue. La gomme des pneus sur l'asphalte. L'ampoule qui grille dans son champ de vision. Il se riait de connaître ce qu'il se passait dehors. Il ne voulait pas rester, il ne voulait pas sortir. Le bel se vit prisonnier des murs et des grilles depuis des années. Là où il avait passé sa vie. Et qu'un jour, enfin, il était libéré de ses chaînes, libre de sortir. Il comprit que n'importe quel être doué de raison ne pouvait survivre plus d'un an ainsi. Libéré. Un être qui a vécu cloîtré de la sorte, pendant des années et des années et des années et des années, ne peut survivre loin de sa cage. Il était un peu comme ça, Aacaeleb. Craintif. Il s'agissait d'aller dehors. De parler aux gens. De les côtoyer. Il n'avait plus aucun moyen de fuir. Et ce qui l'effrayait, davantage que d'avoir à quitter son trou à rat, plus encore que le fait de sortir, c'était d'être libre à nouveau.
Il lui fallait une nouvelle sonate. Une sonate à la Lune, à laquelle il destinerait ses peines, ses palabres insensées, tout ce dont il avait besoin pour survivre.

I go faster and faster and faster and faster and faster and faster and faster.

Il voulait que ça aille plus vite, que le temps passe. Ce qu'il redoutait, c'était l'attente. Pas la peine de mort. Une fois sur l’échafaud, on ne pense plus à la corde qu'on porte autour du cou. Mais dans le couloir. Le couloir qui le mènerait finalement là où il ne voulait pas aller. Ça. Il n'aimait pas du tout. Il avait sorti un jeu de cartes, les rangeait par couleur. Les coeurs avec les coeurs. Il se lassa bien vite et s'enticha de son ordinateur. Regarda une énième fois l'appartement qui serait à moitié sien dans quelques heures à peine. Le rendez-vous était prévu à dix heures. Il arriverait à dix heures cinq. Par politesse.
Quelque chose d'épuré. De simple. Et il divagua. Là où il le pouvait encore, pas très loin. Un cordon d'argent relativement court. Il joua avec ses cheveux, décida de les porter longs dès qu'il le pourrait. Du moins plus longs qu'ils ne l'étaient déjà. Il tenta par tous les moyens possibles de lécher son coude, mais il se confronta bien vite au réel et dut assumer le fait qu'il n'était pas hyperlaxe. Il fit une roulade sur le lit double après avoir posé l'ordinateur à côté de ses New Rock. Alluma la télévision. NHK. Météo. Ciel gris dans l'ensemble. Tout irait bien. Il lut les instructions de l'hôtel posées à côté de la télécommande. Se rendit compte qu'il avait encore du mal à lire les hiragana. Il y eut les informations, et il éteint le poste sans prévenir. Prépara ses vêtements pour plus tard. Très sobre. Comme d'habitude. Il sortit un livre, l'ouvrit, le referma vite. Il voulait faire quelque chose de plus constructif, mais il ne savait pas quoi. Il ouvrit un nouvel onglet, chercha un travail. Rien d'intéressant. Ferma la machine. Soupira. S’affala sur le lit. Rit seul en pensant à quelque chose de drôle.
Et il attendit jusqu'au lever du soleil. Comme ça. Sans rien dire, les yeux grands ouverts, rivés sur le réveil digital.

S'il haïssait quelque chose, c'était bien l'attente pendant l'insomnie.

I go faster and faster and faster and faster and faster and faster and faster.

Et tu te lèves en courant.
Tu cours vers le miroir en trébuchant. Tu manques de te prendre la porte en pleine face, tu maudis ce jour du mieux que tu peux. Tu renifles devant la glace, ouvre le robinet et te fais mal à la main. Attrape l'eau sainte aux creux de tes paumes et t'asperges le visage avec. Tu repenses à cette nuit, à tes plaisirs solitaires qui ne seront plus d'actualité. Tu craches l'eau avec tout le dégoût qu'elle t'inspire, saisit la serviette à côté de toi et n'hésites pas à te brûler la peau à force de frotter pour t'essuyer. Tu arranges tes cheveux n'importe comment, es satisfait de ton petit côté créatif du matin. Tu te maquilles, parce que tu aimes ça, le maquillage. Un léger trait de crayon noir sous les yeux. Replaces un par un tous les piercings que tu veux afficher. Deux labrets décalés sur la lèvre inférieure. Celui de l'arcane gauche. Ton écarteur à l'oreille. Tu te rends compte que tu as oublié de te doucher, et tu soupires en retirant tout ce que tu viens d'enfiler.
Les gouttes qui ruissellent sur ton échine cassée. Tes cheveux qui se confondent avec le marbre, l'ivoire de la douche dans laquelle tu te baignes. Tu n'penses à rien d'plus qu'à ton futur vis-à-vis. Tu t'fous d'tout. De quoi tu devrais avoir peur? Qu'est-ce que tu pourrais craindre. Hein? Tu lèves les yeux vers le jet d'eau, baisse violemment la tête. Éteins tout et fous l'camp d'ici. Vite.

Ton haut enfilé à l'arrache. Ton pantalon troué moult fois rapiécé, tu as abandonné l'idée. New Rock. Plus trois kilos pour ton cadavre déjà trop lourd à transporter. Un piercing, deux, trois, le reste. Tu n'comptes plus, tu n'aimes pas ça. Tu te dépêches. Dix heures moins vingt, et tu as encore tout à trouver. Tu soupires, arranges ta crinière fine. Arraches-toi les cheveux et hurle. HURLE. Qu'est-ce que tu as à craindre, Aacaeleb? Dis tout. Ne restes pas seul dans ton asile et partage. Vois comme tu es généreux et sois. Sois. Mais non. La jambe qui percute l'angle de la table, la hanche broyée. Ne retiens pas un cri de douleur. Fais tes valises et décolle. Décolle.
Envole-toi, bel. Quitte ta cage.

L'heure est venue pour toi d'être conjugué au pluriel. Avec autrui. Ensemble.

Il marche et court dès qu'il voit sa rame partir. Soupire. L'autre arrive dans trois minutes. Rapide. Sort son téléphone, visse les écouteurs dans ses oreilles. Parce qu'il aime les sons parasites dans son appareil auditif. Embarque, reste debout, se tient à la rampe. Est presque obligé de se courber dans la rame tant il est plus grand que le peuple japonais. Qui ne le lâche pas du regard. Il bat des cils, sourit, sourd aux remarques qu'il a prit l'habitude d'essuyer. On parle de lui comme d'une célébrité, il n'en est pas fier. C'est ce genre de choses qui le laisse complètement indifférent. Il adore l'indifférence. Souligne sa beauté candide par son vairon fantastique. Finit d'achever l'orgasme de ces adolescents sensibles lorsqu'il se courbe, reptilien, pour sortir du métro.
Oxygène au napalm. Il a du mal à respirer, ignore pourquoi. Avance. Folie de la foule. N'aime pas ça. Du tout. Tout le monde vers lui. Tout le monde contre lui. À l'épier. À le mirer, goulûment, promptement. Délicieusement. Langoureusement. Il s'esquive, cherche sa porte de sortie. Trouve une porte d'entrée, s'engage. Immeuble. Il n'a même pas prit le temps d'observer la façade. Il attend. Que tout se calme. Parce que l'homme blanc a l'audace, l'ingénuité de croire que cela risque de se calmer. C'est lorsqu'il comprend qu'il est dix heures qu'il s'enfuit. Marche rapidement, slalome entre les corps ambulants de la rue. Tente de cacher ses yeux, parce qu'Aacaeleb croit qu'en cachant ses yeux il se cache tout entier. Que s'il ne voit rien, personne ne voit rien. Et il s'engage dans une ruelle. Vide. Respire. Regarde. Une façade. Celle qu'il cherche. Il n'a pas besoin de vérifier l'adresse, il a déjà trop vu la photo sur le site immobilier. C'était... accueillant. Stérile au possible, impersonnel à en mourir, mais accueillant.

I go faster and faster and faster and faster and faster and faster and faster.

Entre. Silence. Découvre le lieu, visite. Et voit la porte. Frappe, sans s'annoncer. Visite de routine. Belia jette son impatience chronique, son angoisse, sur l'écran de quartz de son portable. Dix heures cinq. Parfait.

Seulement fallait-il que son colocataire soit aussi ponctuel que lui. Alors il s'adossa au mur. Et attendit. Simplement.


L'art de la cohabitation précoce.
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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Ven 22 Juin - 21:41





9h à sa montre.
Parce que Rocio Katsuo avait une montre. Malgré le fait qu'il passa l'essentiel de son existence collé devant l'écran de son ordinateur qui l'affiche en permanence dans le coin inférieur droit, il avait besoin de ces petites aiguilles vivantes à son poignet. La trotteuse était sa préférée en ce moment. Parfois c'était aussi celle qui l'insupportait le plus mais à cet instant, il appréciait particulièrement de l'entendre battre comme un petit coeur mécanique contre son poignet. Vautré de tout son long sur l'espèce de truc non identifié mais confortable qui lui tenait lieu de canapé, il attendait. Quoi ? Le courage de se lever. Il avait passé la nuit là, s'était endormi tout habillé et n'arrivait plus à se lever. Son jean avait dû se changer en plomb durant son son sommeil, ou alors l'apesanteur avait triplé...Un bâillement hippopotamien lui échappa et il fallut bien qu'il se rende à l'évidence: il était juste une grosse loque. Imitant un bruit d'élégante flatulence avec ses lèvres, il laissa tomber sa tête par dessus l'accoudoir. C'était amusant de regarder les nuages la tête à l'envers. La grande porte vitrée était un trou à travers lequel il pouvait tomber à tout moment si il gigotait un peu trop. Enfin, c'est ce qu'il se plaisait à imaginer. Tiens...celui là avait une forme de bélier. Et maintenant il devenait une jolie silhouette à l'identité indéfinissable. Enfin si, c'était forcément une femme puisque la silhouette était belle et élégante mais voilà qu'elle devenait voilier et maintenant elle se muait en une forme féline...Rocio arrêta là sa contemplation des nuages, d'autant plus qu'il sentait son sang commencer à affluer vers ses oreilles et cela ne lui disait trop rien de finir avec la tête comme un ballon sanglant. Il fallut se redresser et se lever.
Son estomac l'y poussait.

La ceinture de son jean gris était ouverte ce qui avait pour conséquence inévitable de faire descendre celui ci à chaque de ses pas. Si on peut appeler le fait de traîner ses pieds sur le sol en mettant à profit le fait qu'ils soient chaussetttés et qu'ils glissent sur du parquet pour fournir le moins d'efforts possible à sa progression. L'ouverture du frigo était machinale, il savait pertinemment qu'il n'y trouverait rien à part quelques cannettes de chocolat ou de thé glacé. Hop ! Un chocolat. Mais cela ne suffisait pas pour faire un petit déjeuner digne de ce nom. Et il n'avait que des nouilles à bouffer, il fallait qu'il pense à s'acheter des trucs à grignoter sinon il allait mourir de faim. Comment faisait Mariko ? Elle était plus jeune que lui et elle était pourtant capable de gérer le contenu de sa cuisine encore mieux que ça mère. Ça devait être génétique, pensa-t-il avec résignation en refermant le placard près de la fenêtre où il venait de dénicher la barquette en aluminium qui avait autrefois contenu un brownie industriel entier. Il devait en restait un quart. Voilà, c'était petit déjeuner chocolat aujourd'hui. Saleté de samedi ! Il n'aimait pas travailler mais il aimait encore moins s'ennuyer...Quoique non en fait, il préférait s'ennuyer.
Pas de pluie aujourd'hui, la lumière entrait par la baie vitrée et il se dit qu'il avait vraiment de la chance d'avoir trouvé cet appart', c'était rare par ici de se dégoter un machin aussi spacieux avec un petit balcon en plus, il y avait mis quelques plantes et...Oh merde ! Avec les pluies des derniers jours, il n'était pas sorti et...et...! L'heure était grave. Il abandonna son semblant de petit-déjeuner sur le canapé et se rua sur le balcon. Ça sentait la rue détrempée dehors. La terre, ou plutôt le goudron ici, était propre. Nettoyé. Purifié par l'eau. Mais il avait d'autres chats à fouetter que se préoccuper de ça. Tournant mécaniquement la tête vers la droite, il resta figé d'horreur.

Maria. Son pauvre bébé. Effondrée, anéantie, écrasée sur le balcon comme une vulgaire...fleur. Qu'elle était d'ailleurs. À genoux sur le carrelage encore mouillé, il prit les restes de la pauvre chose entre ses doigts. La petite rose que lui avait offerte Mariko, encore elle, quand il avait aménagé. Pour penser à moi qu'elle disait, et pour t'obliger à entretenir quelque chose parce que je n'ai pas trop d'espoir pour ta chambre. Son pot cassé. Peut-être était-ce cela qu'il regrettait le plus. Le pot fait main avec elle, rose et bleu avec la tête de Hello Kitty qu'elle avait faite elle même. Très aplatie d'ailleurs. Et il lui avait ajouté une moustache à la Charlie Chaplin. Ou Hitler. Tout était une question de point de vue.
Affligé par cette vision d'horreur; il rentra à pas lents pour jeter le pot et nettoyer la terre qu'il avait sur les mains, allongeant la mourante sur le comptoir immaculé, plus parce qu'il ne l'utilisait que parce qu'il le nettoyait. Il ne lui restait que quelques malheureux pétales, sa tige était cassée en plusieurs endroits et une de ses feuille était déchirée. Écrasée et brisée. C'était le seul élément beau de son chez lui. Tout était de tissus synthétiques et de plastique, tout était machine et électricité. Les deux seules choses qui vivaient ici étaient cette petite plante et lui. Qu'allait-il faire sans sa compagne ? Déjà qu'elle n'avait pas d'une discussion très profonde, il se retrouvait réellement tout seul.
Il n'eut pas le courage de la jeter et la laissa là. De toute façon il n'avait rien d'autre à poser sur ce comptoir, bien trop grand pour ce qu'il en faisait. Elle pouvait bien rester là, dans ce funérarium improvisé. Entre les légumes surgelés et les emballages vides, on n'en était pas si loin à bien y réfléchir.

Son postérieur avait effectué son grand retour sur le canapé, son habitat naturel et sa langue était de nouveau en contact avec les aliments qui lui étaient vitaux: des produits industriels à bas prix bourrés de sucre et de toutes sortes de parfums artificiels et autres substances aux noms barbares inconnues du commun des mortels. Il lui faudrait trouver un autre colocataire, et si possible avec un porte-monnaie, histoire qu'il puisse alléger la quantité impressionnantes de trucs qu'il avait à payer depuis qu'il vivait tout seul. Il pourrait peut-être poster une annonce sur internet et...et...


_Et merde !

Oui oui, il fallu qu'on frappe à la porte pour qu'il se rende compte qu'il avait perdu son jean au cours de sa quête épique qui l'avait menée du salon à re-salon en passant par la cuisine et le balcon, c'est à dire à peu près toutes les pièces utilisées de son chez lui. Décidément, il ne le boufferait jamais son brownie. Se jetant dans sa chambre, il enfilant un vieux jogging noir, initialement dévolu au rôle de pyjama, quand il ne dormait pas avec son jean.
Mais qui pouvait bien se pointer à...Il jeta un rapide coup d'oeil à sa montre pour ne pas avoir complètement ahuri et paraître un peu au courant des choses de ce monde. Ah ouais, dix heures et des poussières quand même, ça faisait une heure qu'il glandouillait sur le canapé...
Le facteur ? Non, il aurait tout mis dans la boîte aux lettres, il ne recevait jamais de colis. La propriétaire ? Non, il était gentille cette petite vieille, elle savait qu'il ne sortait pas avant midi ou une heure le week-end. Elle ne l'aurait pas embêté à dix heures. Un voisin peut-être ? Ils avaient beau vivre dans le même immeuble, ils avaient beau se croiser tous les jours, il n'avait pas vraiment de relation avec eux. Peut-être que l'un avait besoin d'un outils ou d'un ingrédient quelconque...De toutes façons il n'avait ni l'un ni l'autre.
Il n'y avait qu'un seul moyen de savoir en fait. Clopinant vers la porte en enfilant son pantalon, il ouvrit la porte avec vigueur. Notons que c'était la seule action pour laquelle il mettait un peu d'énergie depuis qu'il était éveillé. Ça comptait pour du sport, non ?
Et le grand gagnant de notre jeu "qui-fait-le-planton-devant-ma-porte-à-dix-heures-du-matin" était.....
Roulements de tambours.

Maisqu'estcequec'estqueça ?
C'est à peu près ce qu'exprimait le visage de Rocio quand il comprit que l'espèce de punk albinos qui campait appuyé contre le mur d'en face venait bien de frapper chez lui. Que venait donc faire cet espèce d'évadé, avec ses cernes et ses piercings, ici, chez lui, dans son appart tranquille de sa résidence tranquille dans sa petite rue tranquille de son quartier tranquille de cette ville à la tranquillité...toute relative ? Il avait beau le détailler autant qu'il le pouvait, il était incapable de trouver un lien entre lui cet énergumène. Il n'était pas japonais en plus. Qu'est ce qu'il pouvait bien lui vouloir ? Un auteur ayant besoin d'une traduction urgente ? Il n'avait pas l'air espagnol non plus...


_Euh...qu'est-ce que...?

Oh putain. Oh putain de bordel de pute à chatte poilue. Il l'avait déjà passée son annonce sur le net. Il avait trouvé quelqu'un d'intéresser. Quelqu'un qui devait venir s'installer ce matin à dix heure. Quelqu'un qui n'avait même pas voulu visiter, quelqu'un de pas difficile mais ça ne pouvait pas être...Oh non. Oh noooooooon...ce n'était pas possible. Il n'allait tout de même pas vivre avec ce..ce truc sorti d'on ne savait quelle poubelle. ce clochard au regard de tueur, ce drogué...Qu'allaient penser ses voisins ? Il ne les connaissaient pas mais quelle image cela ferait de lui si on apprenait qu'il logeait avec un type de cette espèce ? Mais il avait besoin d'un colocataire et il ne pouvait décemment pas renvoyer ce type sous prétexte qu'il ne lui plaisait pas. N'empêche qu'il lui faisait peur.
Oui, Rocio est un froussard, mais Rocio est un froussard plein de bonne volonté.


_Ah oui...vous. Vous êtes...mon...mon...

Ça ne voulait pas sortir. Non, ça ne voulait pas. Ça restait coincé dans sa gorge comme lorsqu'il voulait crier ou pleurer quand il avait peur, quand il croyait que quelqu'un se promenait dans la maison lorsqu'il vivait encore chez ses parents, dans la grande maison qui craquait, quelqu'un qui marchait et il avait peur, parfois avec raison. Quelqu'un qui marchait en chaussettes sur le carrelage du couloir qui menait à sa chambre alors que ce n'était que l'echo des battements de son coeur dans ses oreilles. Ce n'était pas la même peur aujourd'hui. Elle était pire, car l'ennemi était devant lui et que son civisme l'obligeait à le faire lui même entrer chez lui. Parce que l'on était en plein jour, qu'il n'y avait pas de rêve possible et que l'ennemi était présent, il n'était plus une ombre fantastique née de ses angoisses, il avait une présence, une odeur, il était entièrement visible et palpable. Il était là.
Ennemi de quoi au juste ? De lui ? Ou de ses rêves de vie tranquille et sans plus jamais d'histoires ? Quelle qu'en soit la raison, il le répugnait, de sa posture à ses yeux qui lui donnaient un regard asymétrique plus que dérangeant, tout de son apparence ne l'inspirait qu'une envie: celle de refermer la porte. Et de ne plus jamais accepter un colocataire sur internet sans photos récentes à l'appui, accessoirement.


_Je suis Rocio, vous savez...Rocio Katsuo. Alors, bienvenue...chez vous. Vous voulez..euh...boire quelque chose ?

Et Rocio invita aimablement son ennemi déclaré à boire quelque chose en sa compagnie.

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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Ven 22 Juin - 21:45


誤算. Erreur de calcul.

קּ


How can I make up my mind this time ?

Il a ouvert la porte et ils se sont vus pour la première fois. Comme ça.
L'un à sa porte, l'autre contre le mur. Il était en position de l'abattre, pourtant. Lui. Et Aacaeleb aurait pu répliquer, n'importe comment, n'importe quand. Une balle entre les deux yeux et fini. L'appartement à lui, tous ses biens à lui. Il se serait arrangé pour que tout ceux qui le connaissaient finissent comme lui, et plus personne n'aurait eu l'audace d'approcher le géant occidental aux cheveux blancs et à l'hétérochromie dérangeante qu'il était. Il avait même l'avantage de l'effet de surprise. Non, vraiment, tout aurait été simple, et qui plus est parfait. Vraiment. Parfait.
C'est l'autre qui a tiré le premier. Avec le regard. Et ce faciès que le mulatre ne voulait plus jamais voir était celui qu'il affichait sans gêne. Celui qu'il haïssait tant. Regarde comme tu es différent. Regarde-toi, comme tu es monstrueux. Pas humain. Non. Pas humain, jamais plus.
Le propriétaire n'avait décidement de cesse de le mirer, de la plus étrange des façons. Lui, il ne faisait rien. Il enfonçait les coins de pierre qu'étaient ses yeux dans ceux de son vis-à-vis, menaçant, et finissait toujours par les baisser en direction de ses pieds. Ses New Rock étaient comme neuves, et ça faisait déjà un moment qu'il les mettait à peu près tous les jours. Comme neuves. Il posait son talon droit sur le renfort d'acier de sa pointe gauche, comme si cela présentait un quelconque intérêt dont celui de le divertir alors qu'il trouvait lui-même cela ridicule. Il essaya de soupirer, n'y parvint pas. Se contenta de va-et-vient stupides entre la paroi à laquelle il s'adossait et le vide qui le menaçait. Avant la porte fermée. Maintenant lui. Cet homme métissé aux teintes chaudes malgré la froideur qui caractérisait tout bon japonais qui se respectait. Le cas s'était maintes fois avéré être une généralité. Aacaeleb le savait. Et il ne voulait plus être confronté à ce regard nippon vil, mesquin, pervers et vicieux qui était taillé pour les gens de son espèce. Les hommes comme lui. Unique. Parce qu'il était seul rescapé de sa civilisation disparue. Ceux qui n'ont jamais existé dans le temps.

Il y en avait sans doute d'autres. Partout. Qui l'entourent, qui l'encerclent. Il ne préférait pas y penser, ça le rendrait paranoïaque plus qu'il ne l'était déjà. Parce qu'il l'était, parano. Il parait, oui. Il en était conscient. Et tout les autres étaient comme lui. Parce qu'il ne faut pas qu'on sache. Les hommes comme lui sont des hommes-secrets. Ils sont décomposés, recomposés, de leur subconscient à leur enveloppe charnelle. Et les hommes-secrets ne craignent pas grand-chose, si ce n'était lié à leur composition silencieuse.
Douce mélodie des murmures priés au coeur des Enfers. Sauvez-moi de là.
Le japonais ne priait pas. Ne s'agenouillait devant personne. Nul autre que l'honneur, la famille. Il parlait. Il hésitait. Il essayait de surmonter sa peur. Il avait beau avoir les joues légèrement teintées par un brun commun aux hispaniques et autres latino-américains, il avait hérité de l'éducation au fouet de la race asiatique. Il faisait face à ce qu'il craignait. C'était louable, vraiment. Particulièrement courageux de sa part. S'il avait demandé à le rencontrer auparavant, l'homme blanc aurait refusé tout contact avec lui. Il était japonais, lui inconnu. Ils n'étaient ni fait pour se rencontrer, ni pour coexister. Encore moi pour cohabiter. Il susurrait des palabres que le géant entendait de là où il était. Il n'était pas si loin de lui, finalement. L'autre, qui restait sans voix. Oui. Ça provoquait ce genre de réactions tout le temps. Il ne l'aurait pas éprouvé, ce sentiment de profond dégoût, d'infâme répulsion et aversion, là ç'aurait été inquiétant. Mais il n'était pas l'exception. Rien d'anormal, donc.
Et l'incarnation de neige se trouva bien démuni face à cet être peu imposant lorsque celui-ci engagea un semblant de conversation. Même, il rougit, ouvrit la bouche pour répliquer, la referma rapidement. Muet. Bonjour. C'était pourtant pas si compliqué que ça, si? Il fallait croire que si. Il se maudit, se fit violence pour redresser la tête, le regard. Faire face à l'autre, toujours aussi japonais qu'au premier regard. Toujours à sa porte. Qui tentait, en vain, de placer une phrase décente. L'étranger s'avoua avoir du mal à déchiffrer la langue. Il avait beau la connaître, la manier et la maîtriser, il avait toujours quelques difficultés à décrypter les accents et l'argot. C'était un coup à prendre, il le savait. Sauf que ce coup il ne le prenait jamais, dans la mesure où il ne parlait jamais suffisamment aux représentants de la langue en question pour pouvoir les comprendre.
Une difficulté supplémentaire. Belia se refusait catégoriquement d'user de l'anglais, ou d'un quelconque autre idiome pour se faire comprendre. Son accent nippon serait mis à rude épreuve, mais tout irait bien. Parce que tout allait toujours bien.
Il n'était pas tranquille. Comme toujours. Son regard fuyard trahissait son complexe évident. Voilà votre nouveau colocataire. Voilà celui qui dormira dans le même appartement que vous, qui déjeunera dans la même cuisine que vous, qui regardera la même télévision que vous dans le même canapé que vous. Tout ce qui vous appartenez jusque là devra être partagé avec lui. Cette chose. Cet homme monochrome, carcasse décharnée par l'absence de temps et dévorée par les secrets qui le rongent. La maladie en personne sera votre compagne, et vous rirez, vous rirez de telle alliée dans un monde où les plaies, les tares se multiplient de jour en jour. Vous aurez votre virus privé. Celui qui vous détruira à petit feu, comme ça, cellule par cellule, comme un gros cancer.
C'était comme ça qu'il se voyait. Un gros cancer.
Non. Non.
Il devait sans doute y avoir une erreur...

_Je suis Rocio, vous savez...Rocio Katsuo. Alors, bienvenue...chez vous. Vous voulez..euh...boire quelque chose ?

Rocio Katsuo. Rocio Katsuo. Il est compliqué pour quelqu'un n'a rien à oublier de retenir quoi que ce soit. Le bel ferait un effort. Comme il le faisait, contre son gré, chaque jour, chaque nuit qu'il visitait. C'était un réflexe presque vital de devoir se fier à ce qu'il voyait, à ce qu'il entendait. Tout n'était que trame sur laquelle il ne faisait que passer. Celle-ci serait pareil. Exactement pareil. Une vulgaire étape. Une étape vers la vie qui l'attendait, qu'il menait déjà. Pourquoi? Mais rien, rien ne laissait présager un tel engouement pour le voyage, les périples. Terre Sainte nulle part, plus de sainteté qui tienne. Il était seul sur la route. Le dernier homme du monde.
Et ce... Rocio... Rocio Katsuo. Lui aussi. Lui aussi ne serait qu'un palier à franchir pour atteindre son but. Quel but? Le sien. Nul autre que le sien. Envers et contre tout.
Il rehaussa le sac qu'il portait sur l'épaule, ne bougea pas d'un centimètre. Se contenta de lui envoyer son sourire le plus doux, le plus chaleureux. De le regarder, puis de clore les paupières, annihiler toute trace de présumée frayeur en lui, faire ressortir ses deux pupilles dépareillées.

- Aacaeleb Belia. Enchanté. Vous pouvez m’appeler Caeleb, monsieur Katsuo.

Tant de préciosté dans ce dialogue inintéressant au possible, dénué de toutes originalité, sans le moindre intérêt. Que ce soit pour l'homme classique ou le repli de justice. Un temps, qui servit à l'homme blanchi par les nuits éternelles à s'emparer de son second bagage. La politesse voudrait que l'étranger auquel l'on accorde le bénéfice d'un soir calme se fasse prier. Au moins. Ayant vu le japonais s'écarter pour le laisser entrer dans son humble demeure, Belia avait jugé bon de ne pas s'attarder de trop à l'extérieur, sous peine de voir l'intérieur délicat et plein de gentillesse se refermer malencontreusement sur son nez.

- Je vous remercie.

Du pur meublage. Qui le conduit tout droit dans l'antre de Lucifer en personne.

Du bordel. Du bordel, du bordel, du bordel, du bordel. Un foutoir innommable. L'horreur, pour sa tendance maniaque et femme de ménage à ses heures perdues. Jamais. Jamais, il n'irait plus loin dans un environnement aussi hostile que celui-ci. Il pila en voyant le salon, à quelques mètres à peine de la porte d'entrée qui menaçait de muter très rapidement en porte de sortie. Ou en issue de secours, dans le cas présent. Sans réfléchir, l'homme du froid s'attaqua à son labret droit. Machinalement. Mécaniquement. Comme s'il pouvait rester spectateur d'une aussi révoltante prestation. Il avait définitivement perdu son sourire. À peine les faux-semblants avaient-ils étaient entamés par l'un et par l'autre que l'odieux personnage qu'il était y avait mis fin. De la plus brutale des façons possibles.
Son teint spectral fit volte-face en direction de son hôte. Plus pâle, plus sérieux, plus rageux que jamais. Et pourtant, il semblait très calme. Plus calme que le mot. Plus apaisé qu'une plante au soleil. Il demeurait néanmoins plus ardent que le coeur d'un volcan et prêt à exploser à la moindre palabre indélicate qu'il pourrait relever. Béni soit-il de pouvoir effacer les mots nippons de son vocabulaire et de ne plus les comprendre pour un temps. Béni soit-il.

- Si vous aviez une immense bouteille de get, je vous en serais éternellement reconnaissant.

You will not find me. I'm safe in here. I'm where I want to be...

Il avait visiblement dormi sur le canapé. Son pantalon traînait en plein milieu de la pièce en grand souverain du chemin qui reliait le territoire salon au donjon cuisine. Toute la forteresse était mise à mal par une attaque de l'armée poussière qui était tellement nombreuse et bien organisée qu'il était impossible de savoir quel centimètre carré n'avait pas encore été envahi. Les blessés de guerre étaient nombreux, et l'on décomptait parmi les cadavres encore chaud de la bataille la télécommande jetée on ne savait trop où du côté opposé à son alliée la télévision, elle aussi définitivement ensevelie sous la couche épaisse générée par l'ennemi, tout ce qui chevauchait la table basse et qui était impossible à reconnaître vue la tonne de saletés, de crasses, de papiers et de serviettes en tous genres parsemées çà et là sur son échine démolie. Non, les dégâts étaient considérables, et Aacaeleb se retenait pour ne pas pleurer comme une madeleine la destruction d'un royaume aussi charmant que celui de Sa Majesté Katsuo. Mais il avait apprit à voir le positif de la situation. Et il essayait de le voir, ledit positif. Y'en avait pas beaucoup. Il tenta. En vain. Soupira. Il ne manquerait plus que les réserves alimentaires du pays soient à sec, et on aurait touché le fond. Mais Katsuo étant le seul être à devoir éventuellement se nourrir de l'empire, les chances d'être atteint par la famine en plus d'être en guerre étaient minces.
Rester positif.
S'il le pouvait.

- Navré monsieur. Merci de votre accueil.

Le salut nippon était la plus belle preuve d'hypocrisie du monde. Pour cela, le bel le maîtrisait parfaitement.
Il restait debout, sans bouger, ne sachant où se ranger. Au samouraï métissé de montrer l'exemple et d'enseigner aux hérétiques et aux abusés les bonnes manières.


So leave my eyes in peace now...
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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Ven 22 Juin - 21:46





Voilà, c'était fini.
Comme le couperet qui tombe, la porte claqua sèchement derrière eux et s'en fut terminé de la vie paisible et sans histoire de Rocio Katsuo. Cette existence sereine à laquelle il avait aspiré toute sa vie venait de s'enfuir comme un oiseau en papier toilette au fond de la cuvette après qu'on eu tiré la chasse. Ça faisait froid dans le dos. Il se rendait compte trop tard qu'il avait misé toute sa vie sur une bête annonce sur internet, sans garantie ni sécurité, et qu'il se retrouvait maintenant comme...un con.
L'autre semblait embarrassé avec ses valises et lorgnait la pièce d'une manière qui ne lui disait rien de bon. Bon, ok, c'était dégueulasse. mais il avait oublié qu'il arrivait aujourd'hui. Il l'avait même oublié tout court. Se grattant philosophiquement le menton pendant que son nouveau colocataire achevait les présentations -nom étrange d'ailleurs, comme tout le reste...- il ne fit rien pour le décharger de ses valises ni pour lui faire de la place. Il faudrait bien qu'il s'y fasse de toutes façons, ouais. C'aurait été hypocrite de tout nettoyer juste pour lui. En plus vu la gueule qu'il se traînait, il avait sûrement les bas fonds très très bas, alors il devait être habitué d'office. Au pire, c'était exactement ça, il s'y ferait, et puis voilà. Après tout il avait juste besoin de son porte-monnaie, il s'en foutait éperdument qu'il soit à son aise ou pas ici. Enfin bon. Il fallait qu'il finisse son brownie.
Quelle mauvaise foi tout de même. La seule chose qu'il voulait, c'était qu'il disparaisse. Loin, loin de sa vie. Qu'il sorte d'ici, qu'il tombe dans les escaliers avec ses valises, qu'il se fasse écraser par un camion, assassiner par une bande de yakuzas, réduire en bouillie par une soucoupe volante, peu importait, mais qu'il soit rayé de la surface de la Terre. Personne ne méritait de se coltiner un espèce de shooté pareil, même pas les gens qu'il aimait le moins. Il ne souhaitait cela à personne.


- Si vous aviez une immense bouteille de get, je vous en serais éternellement reconnaissant.

Hein ? Voilà, il le savait que c'était un alcoolique et un drogué ! C'était quoi du get au juste ? Il ne connaissait même pas tellement c'était obscur comme alcool de fous. Opium, absinthe...les classiques...Après il voudrait quoi ? Tout ces trucs dont on parlait aux informations et que lui n'avait jamais ne serait-ce qu’entr'aperçu...Seigneur, dans quelle galère se trouvait-il. Oh mon Dieu, vous qu'on dit plein d'amour et de miséricorde, ne voulez-vous pas foudroyer ce truc sur le champ ? L'arche de Noé, tout ça, transformer la femme de Loth en sel, vous l'avez fait, alors pourquoi pas lui ? Soyez compatissant, je suis quelqu'un de fervent et de méritant, je vais à la messe tous les dimanche et j'essaie toujours d'expier ou de me faire pardonner mes fautes d'une manière ou d'une autre. Alors pourquoi ? Vous ai-je offensé d'une quelconque manière ? Pourquoi m'avez vous envoyé ce châtiment ?
Il n'a rien de divin...
Hormis ses yeux bien sûr. Il y avait un chat qui traînait dans le jardin de la famille Katsuo quand il y était arrivé. A moitié sauvage. Le genre je suis sauvage et rebelle, ne me touchez pas mais je veux bien que vous me nourrissiez. Il était blanc avec des yeux magnifiques, l'un vert, l'un bleu, limpides comme des perles de rosée, et de petites tâches carrées gris pâle à la place des sourcil. Il était un peu comme ce chat celui là, avec son air de ne-me-touchez-pas mais qui avait besoin d'un toit quand même. Et il le dégoûtait. Oui, Rocio avait toujours voué un profond mépris au chats, qui plus est au chats errants. Quoi qu'il trouvait les chats domestiques stupides. Il avait toujours quelque chose à leur reprochait si il s'agissait de chats de toutes façons. Trop calmes, trop ironiques, trop moqueurs, trop capricieux, trop sournois, fourbes, vicieux. Le symbole de la féminité, tu parles, bien des hommes étaient comme ça, et celui en faisait partie, de ces hommes vils, à n'en pas douter un seul instant.


- Navré monsieur. Merci de votre accueil.

Et cette politesse de façade indigeste. Qu'il soit le fou qu'il supposer sommeiller en lui, qu'il puisse appeler la police et le sortir de chez lui, qu'il soit franc et qu'il ne masque pas son esprit dérangé. C'était insupportable. Une vraie bombe à retardement, derrière ses manières courtoises, il pourrait faire n'importe quoi n'importe quand. Quand il aurait le dos tourné, quand il sortirait, qu'il dormirait, une connerie. Quelle que soit sa nature. Et ça lui coûterait très très cher, il le présageait.
Ça puait cette histoire.
Et lui qui restait planté comme cinquante euros de plastoc' dans la rivière à se gratter toujours la même parcelle de cuir chevelu. Il avait fini par se l'irriter d'ailleurs, il était temps de se rendre maître de cette situation qui lui échappait complètement. Il s'était toujours cru le boss de son existence...
"I am the master of my fate, I am the captain of my soul." qu'il avait dit William Ernest Henley.
On en était loin.
Encore.
Mais il pouvait toujours changer la donne. Essayer du moins. Commencer par arrêter de se gratter le crâne comme un primate particulièrement stupide et donner la preuve au gars que tous les hommes n'étaient pas encore descendus du singe...Ensuite, se secouer un peu. Il doubla l'intrus et ouvrit la porte du bureau. Aussi appelé "pièce à bordel" par lui même. Classe. Toutes les surfaces planes disponibles croulaient sous des piles de vêtements propres et sales confondus, des paquets de gâteaux aux haricots vides, des traductions terminées ou en cours sous forme de feuilles volantes et autres sacs et écharpes qu'il jetait là en rentrant. Au milieu de ce joyeux fouillis trônait le maître des lieux: l'ordinateur. Encore en veille, il restait allumé jour et nuit. bah oui, c'est long à éteindre et à allumer...Il pris une grande inspiration avant de plonger dans les méandres de son propre bazar et fit des tas grossiers avec toutes ses affaires, ce qui lui pris bien une dizaine de minutes, jetant les papiers dans la corbeilles et les vêtements dans sa chambre dont l'état la promouvait désormais au rang de pièce à bordel numéro un.


_Désolé, j'avais complètement zappé que vous arriviez aujourd'hui...

Rajouter: j'avais même zappé que vous existiez ? Non, il n'aurait pas été particulièrement malin de se mettre à mal avec le mafieux qui allait lui servir d'aide financière, visiblement pour plusieurs mois. Hum, visiblement, la majorité des fringues qu'il ramassait ici n'étaient pas propres, mais alors pas du tout, son pauvre petit nez venait de s'en apercevoir. Gloups. Pourvu que celui de l'autre soit bien bouché, sinon il allait fuir dans l'instant. Cela n'aurait absolument rien pour lui déplaire en fait, c'était juste sa dignité qui se révoltait contre l'image qu'il donnait de lui même. Saloperie de fierté !

_C'est là que vous allez dormir...euh...Belia...Si ça vous convient bien sûr.

Ouais, dur de voir qu'il y avait bien un lit dans la pièce au premier abord, mais dès que Rocio eut un peu débarrassé, il devint perceptible pour l'oeil humain, de même pour la lumière du jour quand plus rien n'obstrua la fenêtre. Plutôt sympa, lui n'avait pas de fenêtre dans sa chambre, il aurait mieux fait de prendre celle ci. T'as mal calculé ton coup gros, c'est l'autre clodo qui se tape la plus belle chambre chez toi. Enfin...chez vous maintenant...Putain ça fait peur, la première personne avec laquelle j'aurais dû m'installer, c'est ma copine, pas un paria dans son genre. Faut croire que j'attire les cas sociaux et pas les filles...
Si ça lui conviant...de toutes façons si ça lui convient pas c'est pareil, y'en a ras le bol de faire les culs-bénis. Il ne pouvait pas se le sentir, il l'avait pas compris l'autre clampin ? Ou alors il se foutait royalement de sa gueule ? Le mieux c'était de mettre les choses au clair tout de suite, et tant pis si il se faisait descendre par une mafia nordique dans deux jours, rien n'était pire que de faire le lèche-cul avec un délinquant dans son genre. Lâchant avec mauvaise humeur le paquet de linge qu'il déménageait comme tous les précédents vers sa chambre le bordel infâme où il pioncerait le soir même, il se planta face à l'intrus, le parasite, la mouche, le truc, et, rassemblant tout son courage, du moins autant que possible, il lui balança son amabilité avec force gaieté.


_Et de toutes façons, si cela ne vous convient pas c'est pareil.

Gloups.
Ça se faisait pas quand même...il était gonflé. Et désagréable de surcroît. M'enfin ça faisait du bien. Ramassant son paquet d'un ait penaud, les joues rouge de honte face à sa propre audace, il finit de débarrasser la pièce sans un mot, les yeux baissés, et partit s'asseoir sur le canapé pour manger son brownie, les genoux repliés contre sa poitrine.
Bon.
Quand la bande de potes du potes du type allait-elle débarquer pour lui faire la peau maintenant ?
Suspense...


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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Ven 22 Juin - 21:55


託宣. Oracle.



Comme un froid jeté entre eux. Glaciation précoce.

Apparaît la lueur du jour qui dit que, finalement, ça ne se déroule plutôt pas si mal. Illumination de courte durée. Le jour s'obscurcit, les nuages viennent couvrir les quelques rayons de soleil moins timides que leurs pairs. L'hôte s'affaire à lui montrer sans doute ce qui deviendra sa chambre. Lorsqu'il ouvre la porte, le bel ne s'attend pas à une pièce aussi grande. C'est ce qu'elle est. Sous la montagne de déchets qui la parsème. C'est spacieux. Et très sombre, le seul point réellement négatif, en toute objectivité. Le japonais commence à débarasser les lieux de ses effets personnels. Aacaeleb n'oscille aucunement, le laisse faire simplement. Parce qu'il serait plus que mal élevé que de proposer de l'aide à un natif du Soleil Levant. Si l'homme blanc savait quelque chose à propos de la population japonaise, c'était bien qu'elle était très, très fière, et que le moindre signe d'une faveur, d'une générosité ou pire, d'une pitié quelconque était une insulte cent fois plus intense qu'une rétrogradation professionnelle. Bien que cela puisse lui briser le coeur de ne pouvoir proposer l'auxilliaire de ses bras qui bien que peu musclés l'étaient toujours davantage que ceux de son collaborateur, Belia se faisait violence pour se garder de le faire. Parce qu'il était déplacé de sous-entendre ce genre de choses. Surtout de la part d'un étranger, d'un inconnu, surmontée d'une apparence comme la sienne et qui plus est présentant les mêmes gènes qu'un occidental lambda. Alors il ne bougea pas. Il se contenta de le regarder effectuer ses va-et-vient avec toute la peine du monde sans pouvoir rien y changer. Il retint un soupir à fendre l'âme. Il était décidément trop généreux. Bien trop attentionné envers n'importe qui.
Lorsqu'il n'y tint plus, l'homme du Grand Froid s'avança vers la salle qui lui était à présent destinée. La fenêtre avait été dégagée et bien que les rideaux fins se trouvaient encore devant les vitres, on pouvait définitivement remarquer la lumière imbibant les draps du lit d'en face et les réchauffant avec la plus belle des passions qu'il fût. Il y avait le bureau, l'ordinateur, quelques dossiers à ses côtés. Des affaires de travail, de toutes évidences. Aussi, le bel se demanda quel était le secteur de travail, le métier de cet homme. Il avait l'air définitivement plus jeune que lui, peut-être suivait-il encore un cursus universitaire, scolaire et que ces feuilles étaient le fruit d'un travail acharné pour un diplôme sans aucune valeur matérielle. Un papier, pour lequel des milliers de jeunes gens comme lui se tuaient à la tâche. Littéralement. Aux vues de l'état de son appartement, cet étudiant n'avait sans doute que peu de temps à accorder à son bien-être personnel, et que les rudiments d'hygiène qu'il lui restait, il les consacrait à son corps plutôt qu'à son clapier. C'était sans doute cela.
Il l'a appellé Belia. Ca lui a fait étrange, d'un coup. Comme ça. Belia. Comme si ce nom ne lui appartenait pas. Il ne releva rien, laissa faire. Le laissa ranger, s'activer autour de son circuit quelque peu répétitif, complètement lassant à force. Mais comme tout bon japonais, le travail était vite fait et impeccable. Il voulut entrer. Palper l'aura de la pièce, savoir si elle était aussi accueillante et agréable qu'elle en avait l'air. Et à peine eût-il avancé le pied vers l'encadrement de la porte que le jeune homme se posta devant lui, l'arrêtant net dans son mouvement. Etait-ce impoli? Avait-t-il commis une erreur? Peut-être manquait-il encore quelque chose à retirer et ne s'en était-il pas aperçu. Proche de la gêne, d'autant plus que la petite taille -quoique relativement grande pour un nippon, sans doute dûe à sa génétique métissée- le forçait à baisser les yeux, Aacaeleb voulut et s'apprêta à s'incliner, s'excuser en bredouillant. Sauf qu'il ne lui laissa le temps que de méditer ces paroles, relativement menaçantes.

_Si cela ne vous convient pas c'est pareil.

C'était sec, mais ça avait le mérite d'être clair. Sec, méprisant au possible. C'était désagréable. Il avait l'habitude. Se contenta de regarder ses pieds, le laissa s'enfuir vers l'arrière. Sans doute du côté de la cuisine, du salon, du canapé. Comme un froid indigne jeté là, une bombe larguée sans préavis dans un espace neutre, désormais réduit à néant.
Et c'était à cause de lui, tout ça. Encore à cause de lui.
Il laissa son soupir pourfendre l'air autour de lui, n'osa bouger de peur de déranger les poussières qui logeaient là avant lui. Il attendit un peu. Des secondes qui lui parurent être des heures. Puis il osa entrer dans sa nouvelle chambre. Son espace vital désormais libéré de l'annexe de son ancien propriétaire. À dire vrai, Belia se foutait on ne peut plus lourdement du fait que la pièce n'avait pas été préparée à l'heure. En réalité, il trouvait ça facétueux, les politesses, les préparatifs, bien trop pompeux et faux à son goût. Pourtant, il aimait quand tel était fait chez lui. Toutes les obligations étaient de son côté, pas chez les autres. Comme si la loi ne devait s'appliquer que pour son cas extrême. Il en avait fait son univers, du politiquement correct. Il avait bâti sa vie à partir de ce principe. Maintenant, tout était remis en cause. Mais pas ça. Toujours autant de manières épuisantes et inutiles, qui ne servaient à rien si ce n'était qu'à éloigner les étrangers encore plus les uns des autres. Un nouveau soupir en repensant au ton grave qu'avait choisi son voisin pour lui dire qu'il n'était pas le bienvenu. Qu'il n'était ni une jolie femme, ni un étudiant japonais rigoureux, et que du fait il n'avait pas sa place dans sa galaxie. Il n'avait pas tort, après tout. Et Aacaeleb se sentit véritablement mal à l'aise.
Il sentit les draps sous ses doigts et frissonna de bonheur. Un lit fait. Bien fait. Tiré juste comme il fallait, la couverture ajustée à la perfection. La bienséance asiatique, inégalable. Il put rendre compte de l'espace dont il disposait, largement suffisant, clairement excessif pour une personne seule. Il en était clairement satisfait, de cette chambre. De l'appartement dans sa globalité. Il faudrait le lui signaler, à l'hôte. Avec quel ton, là était toute l'équation. Le mulatre avait très peur de le froisser plus qu'il ne l'était déjà, ce qui serait inévitablement problématique. Néanmoins, il fallait être clair avec lui. Comme il l'avait été lors de sa précédente déclaration, toujours on ne peut plus présente dans l'esprit de l'ésseulé. C'était d'accord. Il serait limpide dans ses propos. Qu'il n'y ait plus aucun sous-entendu possible. Qu'il se mette à nu, autant que possible.
Il alla ouvrir la fenêtre, laissa l'air pollué de l'extérieur aérer son espace vital. Inspira profondément. Et fit volte-face, se dirigea vers le salon. En prenant bien soin de refermer la porte derrière lui.

Il le trouva recroquevillé sur le canapé en train de dévorer une sorte de gâteau. Un brownie, à première vue, mais peut-être aussi un moelleux au chocolat.
Là n'était pas la priorité.
Il s'inclina. Quatre-vingt dix degrés. La posture la plus basse du salut nippon, celle réservée aux esclaves face à leur maître, aux employés face au grand patron, aux pions mafieux face au père Yakusa. Puis il se redressa, imposant. Prit sa voix la plus douce, mais aussi la plus ferme.

- Cela me convient parfaitement, monsieur. Il n'y a rien à redire.

Relâcha toute la pression d'un coup, ne parut que calme, serein et stoïque face à son adversaire improvisé. Puis, sans aucune gène visible, il s'assit sur le canapé à ses côtés. Simplement. Tourna la tête vers lui, dirigeant ses deux grands yeux vairons vers lui. Angoisse palpable. Il saisit tout le courage dont il disposait pour ne pas le baisser, ce regard. Qu'il ne perde son intensité, pas un seul instant. Se fit violence pour ne pas baisser le ton de sa voix non plus. C'était tout un art, la rhétorique.

- Ecoutez. Ne soyons pas d'ores et déjà hypocrites, je vais mettre les choses au clair. Je sais pertinamment ce que vous pouvez penser de moi. Que je vous effraie, que j'ai un physique étrange, anticonformiste au possible, que je suis un monstre occidental aussi bien dans la forme que dans le fond. Je n'oserai toucher à votre sentiment envers moi, là n'est pas mon but. Cependant, je suis ici pour quelques temps. Pour simplement retrouver un travail décent, afin de pouvoir moi-même payer un logement et par la même occasion prendre mes repères dans cette ville qui m'est tout à fait inconnue. Je ne vous demande pas de m'aimer, ni même de m'apprécier. Je vous serai seulement gré de m'accepter, durant le temps que je passerait en votre compagnie. Soyez rassuré, monsieur Katsuo, je ne compte pas vivre à votre crochet plus longtemps que nécessaire, et soyez certain que vous avez toute ma gratitude pour votre hospitalité. Je ne puis faire autrement pour l'heure, monsieur. Navré d'être ce que je suis, mais ce n'est qu'un maigre tribut à payer. Après mon départ, vous pourrez savourer votre tranquilité avec plus de saveur que d'ordinaire, je peux vous l'assurer.

Il n'avait pas trébuché une seule fois. L'accent n'était pas authentique, il avait parfois hésité sur le terme à employer. Il ne maîtrisait pas la langue à la perfection, mais il avait tout fait pour être le plus poli possible. Il espèrait simplement avoir réussi son pari. Aussi, il ne resta guère plus longtemps aux côtés de son hôte et se dirigea vers la cuisine. En passant, il percuta le pantalon sur le sol. L'attrapa, le plia rapidement, le déposa sur le dossier du canapé.
Les placards étaient désespérément vides. Quelques conserves, deux ou trois biscuits dont la date de péremption étaient largement dépassée. Dans le frigidaire, des surgelés. Pas d'huile, pas d'aromates, pas de légumes ni de fruits frais. La base de la base en ce qui concernait l'alimentation. Il soupira à nouveau. Habitude incorrecte qu'il ne pensait plus nécessaire de corriger, il n'y arrivait jamais. Son labret droit s'entortillait dans sa bouche. Puis il quitta la pièce, se dirigea vers sa chambre, là où il avait laissé ses bagages.
Il passa à côté du jeune homme, ne se retourna pas.

- Je vais aller vous faire quelques courses. Vous en avez grand besoin.

Et la porte de sa chambre se referma doucement derrière lui.


Un reflet étrange dans la glace.
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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Ven 22 Juin - 21:56





Êtes-vous idiot au point de faire tomber ce qui se trouve dans votre bouche ?
Rocio l'est en tous cas.
Grignotant son brownie insipide sur son canapé, asseyant de retrouver le masque d'impassibilité qu'il revêtait au quotidien, il ne trouva rien à répondre à Aacaeleb belia. D'ailleurs il n'y avait rien à répondre. Qu'aurait-il pu lui dire ? Je me fiche de plus tard, je veux que vous disparaissiez maintenant ? Je compte bien sur le fait que vous ne fassiez pas de vieux jours ici ? Moi aussi je suis navré de ce que vous êtes ? Merci d'aller faire les courses et de me tirer de mon puits à balbouffe ?
Il se pencha dangereusement par dessus l'accoudoir du canapé pour récupérer le morceau tombé à terre, ignorant de toute idée d'hygiène en mettant dans sa bouche un aliment tombé sur un sol sale. Il était garni d'une grosse noisette, il ne pouvait tout simplement pas le livrer aux acariens ou autres petites bestioles qui pullulaient dans son nids à saleté. Belia n'était plus dans la pièce, tant mieux, il aurait perdu toute sa crédibilité à manger les miettes tombées par terre. Une boule se forma au fond de son ventre. Voilà l'inconvénient qu'il avait omis en acceptant un colocataire: il devrait se surveiller en permanence, il porterait son masque du matin au soir, n'aurait plus un instant de répit pour se livrer à des activités réprouvées quoique passionnantes telles que se purifier les orifices nasaux de l'index ou lécher le lait ayant coulé sur le comptoir ou même traîner en caleçon tout le week-end, faire des expérimentations culinaires en laissant la cuisine dégueulasse, oublier sa serviette de bain dans sa chambre et traverser l'appartement à poil, roter à tout bout de champ, larver toute la journée en râlant au moindre travail à faire pour l'intérêt général...Enfin, mieux valait qu'il vive avec un inconnu qu'avec sa soeur, car si ce genre de comportements étaient à cacher aux yeux d'un colocataire étranger, ils étaient à proscrire avec Mariko qui se serait investie de la mission de le rendre irréprochable. Optimiste Mariko quand même, limite stupide. Ou alors un peu maso sur les bords, après tout, ils traînaient toujours ensemble, il fallait qu'elle le soit pour le supporter...Que faisait-elle depuis qu'il était parti ? Ils avaient beau s'écrire, il savait que ses lettres à lui seraient lues à toute sa famille, surtout à ses parents qu'il gratifiait au grand maximum d'un e-mail toutes les deux ou trois semaines. Il ne pouvait lui parler de tout comme avant. Et le papier, bien que plus personnel que les textes informatiques, ne pourrait jamais transporter avec lui leurs sourires et gloussements complices.
Insupportable de vivre seul avec cette furie ménagère, mais bordel qu'elle lui manquait.

Voilà avec quoi il se retrouvait à la place. Était-ce mieux ou moins bien ? Niveau survie, les deux monstres devaient se valoir, Riri l'aurait tué à la tâche, lui pouvait sortir un flingue de son sac n'importe quand. Hm, à choisir, mieux valait le flingue, c'était plus rapide. Peut-être était-il allé le chercher d'ailleurs, mais alors qu'avait-il essayé de faire en lui sortant tout son baratin ? Le rassurer pour ne pas qu'il fuit ? Il en avait bien la lâcheté mais pas l'énergie. Et puis qu'importait ?
Il ramassa un autre morceau qui venait de se décrocher, attestant de la qualité du produit, cette fois directement avec sa langue. Il avait besoin de s'occuper pour remplir le silence dans lequel l'autre l'avait laissé. Il croyait ne penser à rien alors que sa pauvre caboche était en fait complètement saturée d'informations contradictoires. Alors son cerveau faisait un rejet.
Il lécha la paume de sa main pour la nettoyer du chocolat qui y avait fondu et changea de position en décapsulant sa cannette, les yeux perdus à travers la baie vitrée, vers le ciel qui recommençait à se couvrir, l'éclaircie avait été de courte durée. Il allait vraiment sortir ? Il avait un parapluie au moins ? Non, il ne s'inquiétait pas pour lui, il devait être habitué à errer sous la pluie, mais quand il reviendrait, il tremperait tout si il se mettait à pleuvoir, tremperait tout comme un chien mouillé qui rentre chez lui. Un chien mouillé. Il se décida à ne pas bouger quand il ressortirait de sa chambre, même si sa canette était vide maintenant, il continuait de la porter à ses lèvres de temps en temps, pour avoir l'air occupé et non pas intéressé par lui. Il n'avait rien d'intéressant en plus, il était comme tous les autres de son espèce, il suffisait de se renseigner un peu sur les gangs occidentaux et il en trouverait à la pelle des comme ça. En images sur Google. Inoffensifs.


Non, finalement, cette petite comédie était ridicule. Il reposa sa cannette vide sur la table devant lui, la tourna un peu pour que le logo lui fasse face. Essuya les gouttes coincées contre le bord du couvercle. Il pouvait être très maniaque et minutieux pour des choses sans importance aucune. Il allait la mettre à la poubelle de toutes façons, alors pourquoi la nettoyer...? Ça lui donnait le change. N'empêche qu'il n'osait pas se lever. Qu'était aller faire l'autre dans sa toute nouvelle chambre alors qu'il venait de dire qu'il sortait ? Et si cette idée complètement fantasque comme quoi il allait chercher un flingue se révélait exacte ? Voilà qu'il recommençait à paniquer. Il ne fallait pas voyons, il allait sûrement chercher un manteau ou un parapluie, un sac pour les courses, même si il douta très fortement que ce genre de personnage se promène avec un sac de courses dans ses valises. Et même si il allait chercher un flingue, lui n'aurait pas beaucoup de chances de lui échapper même si il s'enfuyait. D'autant plus qu'avant de se barrer il lui fallait la confirmation qu'il était bien en danger. Il aurait l'air malin à fuir devant une paire de caches-oreilles.
Rocio se leva, puisant héroïquement dans ses dernières ressources pour aller mettre sa cannette à la poubelle. Arrivé au seuil de la cuisine il se dit que finalement, c'était un effort trop grand et la lança depuis là dans la poubelle. Elle tomba évidemment à côté. Mieux vaut faire les choses jusqu'au bout sinon on risque de devoir les recommencer du début, et ce sera encore plus pénible que la première fois. Voilà ce qu'on apprend aux petits enfants. Les parents de Rocio avaient visiblement raté son éducation pour qu'il ne le sache pas, et ce fait s'avérait quand on voyait qu'il repartait s'avachir sur son canapé comme un quinquagénaire dépressif sans même avoir essayé de rectifier son échec.


_Eh dites, c'pas la peine de vous emmerder, hein ? J'peux survivre avec pas grand chose.

Il s'en moquait éperdument de ce qu'il pourrait bien ramener de ses courses, il avait juste l'air fauché et Rocio ne voulait qu'il utilise l'excuse des courses extra-complète pour se soustraire à la paie de ce putain de loyer. Oui il ne pensait qu'à ça, et alors ? C'était bien pour ça qu'il avait fait venir l'autre gus, et il comptait bien qu'il lui soit utile. Histoire de se faire pardonner un peu "d'être comme il était" comme il avait si bien dit. Vautré sur son canapé il était comme une grosse brioche, comme une couette informe et triste, "comme un lapin sans os qui dort dans un pâté". Oui, c'était ça, mais pas triste, il était hors de question qu'il l'admette. Et l'autre qu'est ce qu'il foutait dans sa chambre ? Il n'était pas parti depuis longtemps, mais enfin c'était suffisant pour l'inquiéter. Aller, si il n'avait pas l'énergie de fuir ni même de mettre une cannette vide dans une poubelle, il pouvait bien aller voir ce que l'autre fabriquait. Et quand bien même il serait en train de charger son flingue, il le descendrait au moment même où il ouvrirait la porte, et alors il n'aurait rien le temps de voir venir que ce serait déjà fini. Pauvre Mariko, pauvre de sa famille. Et pauvre de Belia aussi qui devrait nettoyer le parquet de son sang et de toute sa cervelle. En plus c'est gras la cervelle, ça fait de grosses taches dégueulasses à ce qu'il paraît. C'est dans Journal d'Hirondelle qu'il avait lu ça.
Il était devant la porte maintenant, la main sur la poignée qu'il n'osait pas baisser. C'était étrange d'imaginer que, dans quelques instants, ce cerveau qui lui permettait de créer cette hypothèse sur son futur pourrait très bien ce retrouver par terre. Éjecté. Pauvre chou.

Triplegloups. Alors on entre ? Ouais, mais occupons le d'abord, si il parlait, il se pourrait que l'autre soit curieux de ce qu'il avait à dire et lui laisserait de précieuses secondes de répis pour déterminer si, oui ou non, sa vie était en danger. N'empêche que si il parlait tout de suite, il n'aurait pas le répit du fameux "Une dernière parole ?".Tatatatan ! Bravant la mort par une audace et un courage sans faille, le héros ouvrit la porte mais, averti par sa prudence, mère de sûreté, qu'il tenait lui même de sa mère d'ailleurs, comme c'était drôle, il glissa seulement la moitié de son corps par l'ouverture. Ainsi, quand bien même il se ferait réduire en charpie par le monstrueux au troll auquel il s'apprêtait vaillamment à faire face, il ne serait qu'à moitié mort ! Aha ! Prends ça dans ta gueule, créature des enfers !


_Oui non, vraiment, ce n'est pas la peine de vous embêter vous savez. Il ne me faut vraiment pas grand chose, ne vous sentez pas investi du devoir de gérer cette maison...enfin, cet appart'...

La peur rend poli. Jamais il ne s'en serait douté.

_Et puis...et puis...enfin c'est pas grave, enfin je veux dire, vous pouvez rester là, hein, j'vais pas vous mettre à la porte non plus. C'est juste que bon...enfin...c'pas que je vous aime pas mais faut...faut...me connaître ?

Il était con. Vraiment con.
Non mais y'avait pas à tortiller, il venait de dire la plus grosse connerie de sa vie. Il allait se livrer à une semaine d'auto-flagellation pour que Dieu le pardonne son mensonge, et Ô oui Seigneur, Saint Père, pour qu'il lui vienne en aide. Sa première pensée ne fut cependant pas celle là, elle fut de se demander si il avait sauvegardé et si il pouvait charger une partie avant cette erreur. Avant de se rappeler que la vie n'était pas un jeu vidéo. Il le savait bien il y a deux minutes, quand il était entré. Pas un instant il ne s'était demandé combien de vies il lui restait. Alors pourquoi cette pensée stupide maintenant qu'il se traitait de con ? Pour en avoir une preuve supplémentaire ? Non merci, il n'en avait pas besoin.



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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Mer 8 Aoû - 17:11


星座. Constellation.



And we'll never be affraid again.
C'était quelque chose qu'il redoutait au plus haut point. Sensible, malgré tout. Plus que n'importe qui. Il se savait, de toutes manières. Il savait qu'il ne pourrait fuir nulle part. Les études qu'il avait fait ne servaient à rien. Il pouvait partir où il voulait, conneries. Sur Terre, oui. Quelle idée d'étudier les langues, l'histoire. Il aurait dû devenir astronome. Pour étudier les étoiles de là-haut. Pour pouvoir fuir la planète, et ne plus jamais être retrouvé. Il paraît que, dans l'espace, il y a des vortex capables d'aspirer les corps pour les projeter ailleurs. Loin d'ici, de cette galaxie. Personne ne sait ce qu'il advient de cesdits corps. Peut-être qu'ils errent, quelque part, voilà. C'était un destin comme un autre. Et si ça se trouve, personne ne mourrait, là-haut. On vieillit moins vite, à ce qu'il paraît. C'est idiot de penser à ça. L'affaire est close, jamais il ne pourra fuir. Et puis le vortex ne va que dans un sens, aucun moyen de revenir. L'assassin finirait par rendre l'âme, lui aussi. Mais il y avait erreur sur la personne. c'est tout.
Ses gestes, imprécis, nerveux, l'amenaient à vider intégralement le contenu de son sac sur le lit. Aacaeleb n'avait strictement aucune idée du pourquoi d'une telle action. Il savait qu'il devait la faire, tout simplement. Ca l'occupait. Ca lui vidait la tête. Il évitait de penser, se concentrait sur la synchronisation de ses membres. Non, en fait, cela ne marchait pas du tout. Et il angoissait. Il respirait mal. En fait, il ne respirait plus. Apnée. Ses doigts bougeaient seuls. Ils touchaient un trousseau de clefs, inutile, machinalement. Il devait toucher quelque chose. De froid. Comme lui. Bouffée de chaleur. Il comprenait, bien sûr qu'il savait ce qu'il se passait. Mais il ne fallait pas que cela se sache. Se voit. Alors il restait là, agenouillé à même le sol, à écarter, à manipuler n'importe comment les affaires qu'il retirait de son sac, sac jeté au sol, repoussé, loin. Il devait se calmer, or il n'avait aucun moyen pour cela. Katsuo, Katsuo, il avait oublié son nom, mais ce type allait sans doute débarquer d'un instant à l'autre. Il allait être vu. Il fallait qu'il se calme, et qu'il parte d'ici. Il avait des courses à faire, et des conditions sanitaires à remettre en place. Il avait des choses à faire. Son travail sur Terre n'était pas fini.
Il y avait des fois où il se demandait pourquoi il était encore en vie. Il aurait dû mourir, ce jour-là. Cela aurait été parfait. Pour tout le monde. Et lui n'aurait pas eu à souffrir de la sorte. C'était de l'insctinct, cette question. Juste un doute de la réalité, pour se demander si les choses avaient été aussi parfaites, bien faites, que prévues. S'il fallait vraiment, nécessairement, que cela se déroule de la sorte. Mais à en croire les hommes de foi, c'était le destin. À en croire ces mêmes hommes, c'était de la faute de pêcheur. Le mulatre se mordait les doigts d'une telle réponse. Qu'avaient-ils à attendre, tous, une réponse aussi infame, injuste? Plus goût à rien. Il avait tenté de partir pour de bon. Mais elle ne l'aurait jamais accepté. En fait, il ne savait plus quoi penser. Il aimerait la retrouver. Mais ce serait ruer sur ses dernières paroles. Aacaeleb n'avait strictement aucune idée de ce qu'il devait faire, même maintenant. S'il était encore là, c'était qu'il lui restait quelque chose à accomplir. Il avait encore besoin de temps. Peut-être qu'elle aussi, demandait un surcis pour lui. C'était une façon, nuancée, de voir les choses. C'était un aveu d'autant plus difficile à accepter, et à respecter.
Il avait lâché ses affaires et se rongeait le peu d'ongle qu'il lui restait sur l'index gauche. Il fallait bouger.

We are shining.

Il se remit doucement de ses émotions. Soupira. S'emparra de son téléphone, récupéra sa sacoche, le remit à l'intérieur. En fit de même avec son porte feuille. Et avec sa carte de crédit. Son permis de conduire. Ses médicaments. Son carnet noir. Son stylo blanc. Il ressortit ses médicaments. En attrapa un. Il le faisait avec tellement de négligence qu'on aurait d'it qu'il s'en foutait, mais c'était pour mieux se faire comprendre qu'il les connaissait par coeur. Il n'avait pas d'eau. Il n'en avait pas besoin. Et il goba le cachet pendant que la porte de la chambre s'ouvrait.

_Oui non, vraiment, ce n'est pas la peine de vous embêter vous savez. Il ne me faut vraiment pas grand chose, ne vous sentez pas investi du devoir de gérer cette maison...enfin, cet appart'...

Que c'était mignon, de le voir tenter de réparer les pots cassés à coup d'ethylène glycol. Toutefois, ce n'était pas très efficace pour réparer de la poterie. Mieux valait essayer le scotch.
Il restait quelques détails à glisser dans la panse maigre du sac. Caeleb s'en occupa en brassant les affaires du bras, et en faisait agilement choir les éléments dans ledit gouffre qui devait les accueillir, le tout sans quitter une seule seconde le japonais du regard. Un véritable entonoir ambulant, qui plus est avec un air vraiment, vraiment effrayant.

_Et puis...et puis...enfin c'est pas grave, enfin je veux dire, vous pouvez rester là, hein, j'vais pas vous mettre à la porte non plus. C'est juste que bon...enfin...c'pas que je vous aime pas mais faut...faut...me connaître ?

À la bonne heure.
Aacaeleb se releva, brutalement. Ses affaires rangées, il s'emparra du manteau qu'il avait précédemment sorti, le posa sagement sur son avant-bras, se força à sourire. Il ment tellement bien qu'on ne voit rien. Une sorte de rictus, vide, informe.

- J'ai à faire, si cela ne vous ennuie pas.

Et il retomba dans son spleen. Une motivation sortie de nulle part, qui le poussait à aller respirer l'air du dehors. Ne pas rester avec cet enfant, à peine conscient de la chance qu'il avait de pouvoir, lui aussi, respirer. Calmement, il baissa les yeux, perdit son sourire. Il n'arrivait pas à être ferme. Il n'arrivait pas à être convaincant. Il pensait comprendre, il pensait pouvoir s'en sortir, à nouveau, en fuyant. Le supermarché avait beau être ailleurs qu'ici, il n'était toujours pas dans une autre galaxie.
Pas assez loin. Pas assez loin du tout.
Peut-être que la transe serait une solution. Eventuellement.
Un pas lent et fade. Il ouvre la porte doucement, laisse au jeune homme la possibilité de se retirer, puis sort, ses affaires sur lui. L'échine courbé vers le bas, avant de retrouver un peu d'allure. Aucune présence. Un spectre. Rien de moins qu'un ectoplasme sans aucune profondeur. La géant se retrouve dans le salon, dans la cuisine. Une canette vide jetée à côté de la poubelle. Il se pencha, la jeta correctement. Elle ressortit de ladite poubelle. Exaspéré, et pour le moins complètement léthargique au niveau du visage, il soupira, se pencha, et ouvrit le couvercle de la poubelle. Ou plutôt, celui-ci se souleva en priant n'importe qui, remerciant l'homme de l'avoir éjecté de ce tas d'immondices. Pauvre poubelle. Tout un ecosystème devait avoir eu le temps de naître, vu l'étatdes lieux. Caeleb n'était même pas sûr de pouvoir sortir le sac plastique de son socle sans le déchirer. Un nouveau soupir, c'est étonnant. Et il reposa, sans forcer, le couvercle de la poubelle à sa place, déposant la canette sur le plan de travail. Ou plutôt, sur le tas d'affaires étranges et usitées qui jonchaient le plan de travail. La sculpture d'ordures avait la forme d'un hippopotame en cloque. C'est dire à quel point il était temps de la vider.

- J'irai jeter votre poubelle en descendant. Toute la poubelle. Ne vous en faites pas, vous en aurez une nouvelle à mon retour.

Il sortit son petit carnet de son sac, le stylo qui l'accompagnait, et entama sa liste de course. Puis ses yeux se dirigèrent vers les placards de la cuisine, proprement fermés. La curiosité, et surtout la nécessité de faire les courses, força l'homme blanc à aller les ouvrir. Tous. Un par un, y compris le frigo. Il prit peur, mais ne faiblit pas. Tout irait bien. Tout irait bien. Il fallait penser à autre chose pendant qu'il faisait le tour de la maison de l'horreur. Et quoi de mieux que de faire la conversation au propriétaire. N'importe quoi. Il baffouillerait. Tant pis. Il fallait penser à autre chose, et ses mains étaient déjà prises. Occupées à l'effrayer.

- Dites, je... Je suis allergique au concombre, j'espère que vous n'en consommez pas beaucoup... Rien... Rien que le fait de les toucher, c'est... Une allergie, enfin...

Ridicule. Il fallait bien trouver quelque chose. Entre les yeux qui se baissait automatiquement alors qu'il fallait garder la tête droite pour pouvoir voir le contenu des placards, sa sale manie de ne pas vouloir ouvrir les portes et, après l'avoir fait, oublier de les fermer et menacer son oeil de se prendre un mauvais coup avec le coin, tout allait de travers. Sauf pour le contenu des placards. De la poussière. Du vide. Des paquets de gâteaux périmés. Quelques conserves. Ne restait qu'un placard, qu'il ouvrit avec soulagement.
De la farine. Un sac de farine, à vue d'oeil très peu utilisé, mais qui pouvait être encore utilisable. Caeleb pourrait faire de la pâte à crêpes, ou des gateaux. Histoire de ne pas la jeter. Il voulut le soulever, pour voir la date de péremption. La base du sac resta collé au meuble, et le paquet se déchira. Toute la farine, éparpillée. Caeleb n'avait eut le réflexe que de s'écarter, pour s'éviter la farine sur les vêtements. La farine, et ces petits... trucs. Pas de la farine, non. Des asticots. Des larves. Il y avait des vers dans la farine. Volte face, regard assassin vers le responsable de cette prolifération de vermine.

- À tout à l'heure.

Et il jeta son manteau sur le canapé, prit la canette, la poubelle sous le bras, et se dirigea vers la porte de sortie. Le plus rapidement possible.


La fuite, loin, loin dans le ciel.
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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Mar 20 Nov - 11:29





Un jour on lui avait dit de ne jamais laisser partir ceux qu'il aimait vraiment.
Rocio n'aimait pas Aacaeleb.
Du moins, pas encore.
Etait-ce cependant une bonne raison pour le laisser s'en aller sans rien faire ? Cet homme venait d'entrer dans sa vie, menaçait de tout chambouler, avait déjà commencé d'ailleurs, et il y avait peu de chances pour qu'ils parviennent jamais à se comprendre. Voilà ce dont Rocio Katsuo, du haut de ses dix-neuf ans et de son petit appartement était persuadé, ou faisait très bien semblant de l'être. Aacaeleb lui faisait peur, là était un fait indéniable, parce qu'il était plus âgé, plus fort que lui, mais surtout parce qu'il lui était un étranger, et que Rocio vivait dans son petit monde où il était le roi, où il avait accès à tout ce qu'il voulait. Un monde idéal, bien protégé par ses parents, où il était à l'abris de tout besoin et de toute violence, d'où il se permettait de faire la leçon aux autres sans en être jamais sorti. Et Aacaeleb était cette intrusion étrangère en lui. Une intrusion violente qui avait, en quelques instant, fait une ouvert béante dans sa petite bulle, une faille qu'il doutait de pouvoir réparer. Au mieux, il pourrait l'oublier, la refouler dans un soin obscur de son esprit. C'est ce qui lui semblait le mieux pour préserver la vie qu'il menait, mais il doutait de plus en plus d'en avoir envie. Même si les battements affolés de son coeur n'étaient dus qu'à la panique qui l'avait saisi quand il avait découvert son nouveau colocataire, pour la première fois depuis des mois, et peut-être même des années, il se passait quelque chose dans sa vie. Il avait l'impression de vivre.
Et puis, il faut dire qu'Aacaeleb Belia, même avec son look d'échappé de prison spéciale mafioso occidentaux, il était quand même patient et bien gentil de s'occuper de sa cuisine. Il l'aurait bien remercié. Pourquoi ? Pour un peu tout en fait, pour lui avoir sorti la tête de l'eau, pour lui avoir prouvé qu'il s'était peut-être trompé, pour mettre tant de bonne volonté pour se faire accepter par un gamin égocentrique....mais ça lui aurait arraché la gueule de lui dire. Et puis, comment aurait-il pu balancer un truc comme ça ? "Merci beaucoup de vous occuper de moi, même si vous le faites pour vous aussi je pense, ça me fait drôlement plaisir d'être un assisté !". Ouais non, ce n'était peut-être pas comme cela qu'il fallait s'y prendre. Aacaeleb ne semblait pas être le genre de personne à aimer les gosses pourris comme lui, pas la peine de lui rappeler qu'il allait devoir vivre avec un pauvre type pas encore sorti de l'adolescence et même de l'enfance, qui attendait la becquée. Cette pensée le faisait presque culpabiliser. Presque. Parce qu'il n'était pas encore tout à fait prêt à se remettre complètement en question.

_Attendez moi ! J'arrive !

Peu importe qu'il ait envie de l'attendre ou pas en fait. Rocio enfila ses chaussure à la va-vite et attrapa son portefeuille qui traînait sur la table basse près de la porte. La seule chose dont il connaissait l'emplacement exact, avec ses clés et le papier hygiénique. Quelques instants plus tard, il était dans le couloir, ses chaussures délacées et l'air d'un gamin malheureux qu'on a tiré du lit un samedi matin. Trottinant sans un mot à côté d'Aacaeleb pour rester à sa hauteur -il n'avait pas d'aussi grandes jambes lui !- il lui jeta quelques regards curieux à la dérobée, mordillant sa lèvre inférieure sans trop savoir quoi dire. Il avait déjà suffisamment gaffé depuis le début. Mais que pouvait-il faire pour arranger un peu les choses ? Il n'était pas vraiment doué dans les relations humaines, c'était le moins qu'on puisse dire, et s'adresser à des étrangers, qui plus est qui faisaient presque deux mètres, n'était pas tout à fait sa spécialité. Lui était plutôt doué pour prendre le gens de haut. Avec Aacaeleb, cela risquait d'être un peu compliqué. L'air renfrogné de ce dernier ne l'aidait pas spécialement non plus. Il l'avait cherché, bien sûr, ce n'était pas à lui de se montrer aimable, mais il aurait bien voulu trouver une petite ouverture dans ces yeux étranges qui, pour l'heure, ne reflétaient qu'un agacement profond.

_Euh...vous ne voulez pas que je porte la poubelle ? Ça m'embête que vous vous sentiez obligé de nettoyer mes ordures...

Le fait que cela "l'embête" était sûrement le dernier de ses soucis. Décidément, il était incapable de trouver les mots qu'il fallait, comme toujours. C'était terriblement frustrant de se planter à chaque tentative, et il était certain, désormais, que l'autre serait déçu, que d'ici quelques jours -si il tenait jusque là- il préférerait partir et se trouver un logement ailleurs. C'était terriblement égoïste de sa part, mais Rocio voulait le voir rester. Aacaeleb lui apparaissait, malgré ou grâce à sa bizarrerie, comme un être surnaturel ayant croisé sa route par le plus heureux des hasard. Enfin, pas vraiment heureux pour lui visiblement. Un être porteur d'un message divin ou une connerie dans ce goût là, mais il était intimement convaincu que le chasser de sa vie aurait été une erreur monumentale, même si il avait toujours un peu de mal à l'admettre, et surtout à le dire.

_Dites, vous préférez p'têtre que je reste à l'appartement et que je nettoie mon bordel ?

Oui, ça, ça ne paraissait pas être une trop mauvaise idée. Sûrement la chose la plus utile qu'il pourrait faire pour aider son colocataire et lui prouver sa bonne foi. Parce que merde, il n'était pas aussi débile et méchant qu'il en avait l'air ! Sartre dirait que non, que nous ne sommes que ce que nous montrons de nous, que l'idée d'une personnalité cachée et secrète, c'est du flan, c'est juste pour se donner bonne conscience. Comme tout ado lambda, Rocio n'était pas de cet avis, mais il était bien d'accord avec le fait que se montrer à l'autre comme un être exécrable n'améliorerait pas les relations entre eux. Cela s'appelait juste le bon sens, c'était à sa portée. Arrivé aux escaliers, il ne savait toujours pas vraiment quoi faire et hésitait entre abandonner son colocataire pour retourner ranger son chez lui -leur chez eux- ou rester avec lui et l'aider du mieux qu'il pouvait. Maintenant qu'il avait proposé de rester faire du ménage, l'accompagner pourrait lui apparaître comme une preuve supplémentaire de paresse, alors peut-être que...oui mais si il partait, il pourrait aussi prendre ça comme une fuite, et ça n'améliorerait certainement pas la température globale entre eux. Merde.
Il doutait sérieusement que l'autre ait envie de lui répondre d'ailleurs. Lui n'aurait pas eu envie à sa place. Mâchonnant toujours nerveusement sa lèvre rougie, il sortit son portefeuille de la poche de son pantalon et le mit dans celle d'Aacaeleb. Il y avait largement assez pour des courses, même pour deux. Comme il n'avait que lui à nourrir, il ne dépensait pas tant que ça, d'autant plus qu'une partie du loyer était payée par ses parents. Pas de soucis non plus avec une carte de paiement quelconque, il ne réglait qu'en liquide.

_ Y'a largement de quoi faire les courses là dedans je pense, et y'a une épicerie juste dans la rue d'en face. Vous tournez à droite en sortant, vous traversez et c'est bon, vous pouvez pas la louper normalement. 'fin, si vous avez pas envie d'aller là vous faites comme vous voulez hein. Mais faites gaffe quand même, c'est un quartier tranquille mais les rues se ressemblent pas mal alors on peut se perdre facilement.

Bon, ça c'était dit. Tant pis pour les dilemmes sur les décisions à prendre pour essayer de rattraper le coup avec son nouveau colocataire tout droit sorti d'un roman de SF ou d'une bande louche qu'il ne vaut mieux pas taquiner, on allait à l'utile. Là il n'avait pas eu l'impression de se vautrer lamentablement. Même si il se trompait, au moins, il partait le coeur un peu plus léger. Ce qui ne dura pas quand il se rendit compte que sa carte d'identité était, et cela n'a rien d'illogique quand on y pense, dans son portefeuille. Bah oui, c'est tout à fait normal, ça sert à ça un portefeuille, à mettre son argent et ses papiers. Mais confier tout ça à ce type n'avait rien pour le rassurer. D'autant plus que si ce type en question avait vraiment fréquenté des milieux pas nets ou connaissait un peu l'art des faussaires, pour peu qu'il y jette un coup d'oeil, il se rendrait compte que sa carte d'identité était fausse. Cette pensée figea Rocio sur place. Encore une fois, il s'était comporté comme un imbécile. Un goût de bile remonta dans sa gorge quand il s'imagina tout ce qui pourrait arriver si Aacaeleb découvrait la vérité. Mais non. Il secoua la tête pour chasser ses pensées et essaya de se rassurer. Si la vérité lui semblait si évidente, c'est parce qu'il la connaissait, il n'y avait que très peu de chances pour qu'Aacaeleb regarde sa carte d'identité, et encore moins pour qu'il s'aperçoive qu'elle était fausse. Oui mais...même si la possibilité était faible, elle existait.

_ Bon et bien je...euh...à tout à l'heure alors.

Ne trouvant rien d'autre à ajouter, il tourna les talons, ne s'apercevant pas qu'il courait presque, et referma violemment la porte de l'appartement derrière lui avant de se laisser glisser contre la battant, la tête entre les mains. Oh la boulette. Mais quel couillon ! Il resta ainsi quelques secondes, pitoyablement affalé contre la porte, à se maudire intérieurement, avant d'arriver à la conclusion que se morfondre ne servait strictement à rien.
Il avait un appartement à rendre vivable.

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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Ven 28 Déc - 20:41

Lucide.
Il n'était pas méchant.

C'était ce qu'il se disait, en déposant la poubelle sur le couvercle du conteneur. Il l'avait regardé s'enfuir comme un rongeur apeuré, après lui avoir glissé son portefeuille en entier dans la poche, et il l'avait trouvé à croquer. Il était mignon. Un peu jeune, mais adorable comme tout et quoiqu'assez banal dans l'ensemble, sa banalité lui allait à ravir. C'était toujours mieux qu'apparaître aux yeux d'autrui trop excentrique. Il en connaissait quelque chose. Un soupir nerveux, un sourire en coin. Sa main souleva d'elle-même le couvercle, l'autre y poussant la poubelle en fin de vie de son colocataire sans prendre la peine de trier quoi que cela soit. Il n'y avait plus rien à faire pour elle.
Le tri sélectif au Japon était assez particulier. Beaucoup trop de poubelles à son goût, mais le résultat était au rendez-vous. Cependant, il n'avait ni la patience ni le goût à déchiffrer tous les hiraganas qu'il croisait. La poubelle finirait, dans son intégralité, dans le même bac à ordures. Les nippons étaient connus pour leur amour du travail bien fait. Ils ne laisseraient guère passer une telle faute vis-à-vis du peuple asiatique ni même vis-à-vis de la planète, mais Aacaeleb doutait sérieusement de voir débarquer chez monsieur Katsuo les services sanitaires qui auraient relevé les empreintes digitales de cedit monsieur sur une poubelle mal triée. La paranoïa n'allait tout de même pas si loin.
La cannette jetée dans une poubelle au coin de la rue. Il avait bien dit de tourner à droite, que ce serait juste en face. Il n'avait pas tort. Les nuages recouvraient dangereusement le soleil. À croire que le déluge ne tarderait pas.

Quel con avait-il été d'oublier son manteau sur le canapé.
En voyant les trombes d'eau s'écraser au sol, l'homme blanc avait renoncé à sa perspective de courir avec les sacs de courses comme capuche, et avait acheté un parapluie et une écharpe en prime. En passant à la caisse, il se disait qu'il faudrait aller très vite. Le temps n'avait pas pas du tout présagé une telle chute d'eau, pourtant. C'était variable. Pas à ce point. La jeune vendeuse le dévisageait comme s'il avait été le Croque-mitaine qui avait hanté toute son enfance. À peine au sortir de l'adolescence que déjà cette jolie nippone vaquait à d'autres occupations pendant le travail. Mauvais point. Il hausse un sourcil, dirige ses yeux fins vers elle, lui sourit. Elle ne le lui rend pas, lui demande l'argent qu'il tend avant même qu'elle ait pu finir. Léger signe de tête pour la remercier, puis il va pour sortir du commerce. S'arrête juste devant la porte, sort l'écharpe de l'un des deux sacs de course. Attache solidement les lanières avec le bout de tissu, de sorte à former une balance et à équilibrer le poids sur ses deux épaules lorsqu'il hisserait les cabas dessus. C'était ce qu'il faisait lorsqu'il allait chercher l'eau potable ou le bois, avant. Ça remonte à loin maintenant.
Préparation psychologique à courir. La taille et le poids ne jouaient pas en sa faveur, mais il avait vécu pire, comme situation. Il ne s'agissait pas de grêlons. Il ne portait pas d'animal blessé, et cet animal n'était pas un cerf. Il n'était pas encore tout à fait nu. Il ne sortait pas d'un long après-midi de pêche. Longue inspiration. Il était dehors, sous le porche, et attendait. Les gens autour de lui courraient se mettre à l'abri, pour ceux qui n'avaient pas de parapluies du moins. Certains en avaient jusque sur leurs chaussures. Un art de vivre qu'il n'avait pas encore acquis. Mais qu'importe.

Il fallait courir.

Le porche sous l'entrée de l'appartement de Rocio lui sauve la vie. Il frappe à la porte, essoufflé, s'adosse au mur, reprend sa respiration. Les sacs ont tenu bon, l'écharpe aussi, et il n'est pas tout à fait trempé grâce au parapluie. La vie dans les steppes ne s'oublient guère, au final. Il avait eu maintes fois l'occasion de le remarquer. Personne ne lui ouvre, il n'oublie pas qu'il est ici en partie chez lui, et s'empare de la poignée.
Un intérieur impeccable, Rocio n'avait pas chômé. Il devait sans doute être dans les parages, seulement Aacaeleb ne prit guère la peine de le chercher. Il entra, prit grand soin de fermer la porte derrière lui, et s'engagea dans la cuisine pour déposer les sacs de courses.

- Je suis rentré, monsieur Katsuo! Tout va bien?

Une main dans les cheveux humides après qu'il ait posé son chargement sur le plan de travail. Son haut était trempé, et son tissu était peu enclin à sécher rapidement sans goutter. Le plus naturellement du monde, il se mit torse nu, gagna sa nouvelle chambre, déposa son vêtement sur le dossier de la chaise de bureau et extirpa de sa valise un haut manches courtes complètement par hasard. Sur le chemin pour retourner à la cuisine il l'enfila, puis dénoua l'écharpe-corde des poignées des sacs et la plia. Puis il arriva à son tour dans la cuisine. L'homme du froid lui sourit, sans raison apparente, sortit du gouffre qui lui servait de poche de pantalon le portefeuille qu'il lui avait précédemment confié.

- Pour payer, je me suis servi de votre argent et je vous ai remboursé en liquide la moitié de la somme. Elle est déjà à l'intérieur, j'espère que cela suffira.

Place soigneusement l'objet à côté des sacs qu'il commence à vider.

- Il y a un peu de tout, essentiellement des fruits et légumes frais. J'ai pris du poisson, aussi, je cuisinerai tout cela si vous le voulez. Et puis, il y a bien sûr des conserves et des plats tout prêts à faire réchauffer. L'épicerie est très bien fournie, j'en suis encore étonné. Pendant qu'il parlait, il sortait les courses, et vint le tour pour un petit sachet de voir la lumière de la cuisine. Ah, et j'ai pris la peine d'acheter des croissants. Des pâtisseries françaises, vous connaissez?

Ouvre le réfrigérateur et range, ordonne, selon un modèle bien précis. Le compartiment à surgelés a beau être plus petit que dans ses souvenirs, il trouve largement la place de tout mettre. Aucun problème particulier pour cela. Il fait des va et vient entre le plan de travail et les différents placards et rangements disponibles, puis s'arrête net. Regarde Rocio. Baisse les yeux.

- En fait, cela ne sera pas suffisant. Je vous invite au restaurant. Avec plaisir.

Il n'était pas encore à la maison.
Sortit de ses sacs à malice une poubelle toute neuve.

- Et voilà votre nouvelle amie.

Elle prit la place de l'ancienne aussitôt. Comme si de rien n'était.
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MessageSujet: Re: Coalition. [Rocio.]   Sam 9 Fév - 13:30





Il avait du se faire violence.
Le ménage n'était pas l'une de ses activités naturelle, mais le résultat en valait la peine. Certes, ce n'était pas impeccable, il était loin de s'être transformé en fée du logis, mais l'appartement était propre et rangé d'une manière plus qu'acceptable. Aacaeleb n'allait pas tarder à rentrer. Il jeta un coup d'oeil par la baie vitrée et se félicita de ne pas l'avoir accompagné: il pleuvait à verse. Il eu une légère grimace en passant qu'il allait tremper et salir le sol qu'il venait tout juste de nettoyer et préféra se vautrer dans le canapé plutôt que de disserter une fois encore une fois sur la vacuité des tâches ménagères. Il ne resta pas assis longtemps cependant car un mouvement attira son attention à l'extérieur. Sûrement l'autre qui rentrait. Déjà. Il se releva immédiatement. Il n'aurait plus manqué qu'il ait l'air fatigué par un peu de nettoyage. Non non, hors de question de passer pour un incapable. Il se rendit à la cuisine en traînant des pieds et ouvrit le réfrigérateur d'un geste machinal. Il venait de le vider de tous les produits ayant expiré, il savait très bien qu'il n'y trouverait rien à grignoter, mais il fit tout de même le tour des placards propres et désespérément vide. C'était une vilaine manie qu'il avait prise quelques temps après qu'il ait été adopté, de trouver du réconfort dans la nourriture, dans les aliments "gentils", doux et sucrés. C'était toujours pareil en fait, mais maintenant, il ne se détestait plus à cause de cette attitude addictive vis à vis des aliments sucrés.
Maintenant il se détestait pour d'autres choses.
Des préoccupations qui étaient étrangères au collégien qu'il était quand il avait commencé ses crises de boulimie. Et puis c'était moins grave maintenant, la bouffe, maintenant c'était le boulot, les filles, son corps, encore et encore ce maudit corps. Il trouva un paquet de biscuits entamé près du micro-ondes. Il avait du échapper à son moment de furie ménagère. Effectivement, il y avait de la poussière entre l'appareil et le mur, mais elle le collant contre, Aacaeleb n'y verrait rien. Il tira les deux biscuits de leur emballage et les mâchonna tranquillement, savoura leur immonde fourrage à la fraise chimique. Quand Aacaeleb entra, il répondit par un grognement neutre à sa question et se dépêcha d'avaler le dernier biscuit. Il n'avait aucune intention de se proposer de l'aider si il ne le lui demandait, mais il avait toujours eu horreur de faire quelque chose pendant que quelqu'un était en train de manger juste à côté, et il supposait que c'était la même chose pour les autres.
Ses doigts se crispèrent autour du papier qui se froissa avec un bruit de plastique désagréable quand ses yeux tombèrent sur l'autre en question qui traversa son appartement torse-nu. Rien de plus naturel pour un sauvage de son espèce. Il ne lui accorda aucune aide quand il revint. Il ne semblait pas en avoir besoin qui plus est. Tant mieux. Il remit lentement son portefeuille dans sa poche en regardant Aacaeleb Belia s'activer comme une femme au foyer. Drôle de mafieux quand même, mais il ne fit aucun commentaire et se contenta de jeter un coup d'oeil aux produits qu'il sortait des poches. Beaucoup de choses qui demandaient une préparation. Peut-être aurait-il mieux fait de sortir faire les courses avec lui. Quelques minutes sous la pluie valait peut-être mieux que toutes les heures qu'il allait perdre à essayer de concocter quelque chose de comestible avec ces aliments et...des croissants il avait dit ?


_ Bien évidemment que je sais ce que sont les croissants.

J'adore ça.

_ Et d'ailleurs, il ne s'agit pas de pâtisseries mais de viennoiseries.

Il s'en moquait sûrement, il continuait à ranger, patiemment. Il soupira, croisa les bras sur sa poitrine et décolla son derrière du comptoir où il était appuyé pour quitter la pièce. Loupé. Aacaeleb n'avait pas l'air d'avoir envie de le laisser s'en tirer à si bon compte.

_ Oui ? Vous avez besoin de m...

Ah. Il ne s'y attendait pas. Vraiment pas. Un dîner de remerciement. C'était vraiment l'un des usages auxquels il avait le plus de mal à se faire, même après toutes ces années à vivre parmi les japonais et à se considérer comme tel. Le dîner de remerciement. Mais quel intérêt ? Franchement, les gens qui remercient, c'est bien, mais on remercie pas quelqu'un en l'obligeant à se coltiner quelqu'un qu'il n'apprécie pas forcément pendant tout un repas. Ok, la bouffe est gratos, mais à moins d'aller dans un restau méga cher, c'est vraiment pas rentable...
Il se demandait bien qui serait assez bête pour accepter d'avoir Aacaeleb Belia en face de lui, de lui seul, pendant le temps entier d'un dîner. Il fallait vraiment que qu'on l'ait obligé, menacé, pour qu'il fasse une chose pareille. Ou alors qu'il soit complètement stupide.


_ J'ai jamais goûté les boulettes suédoises qu'ils servent à Ikea. Tout le monde dit qu'elles sont bonnes.

Il suit des yeux l'installation de la nouvelle poubelle, luisante et reluisante dans sa robe d'inox impeccable. Il était vraiment stupide. Surtout pour aller s'enfiler des boulettes suédoises chez Ikea, mais il avait toujours eu peur d'y aller tout seul, il détestait le regard des autres dans ces cas là, cet espèce de mépris mêlé de pitié. Insupportable. Le même que celui de Nadeshiko au début. Un coup d'oeil à Aacaeleb lui apprit qu'il attendait. Sa réponse sûrement. Les boulettes suédoises chez Ikea, ce n'était vraiment pas sérieux.

_ Haha. J'plaisantais, hein ! C'est très aimable de votre part, mais je n'aime pas trop ce genre de choses en fait. Heu, ça vous dit pas plutôt de...bah d'm'expliquer comment cuisiner ces trucs que vous venez d'acheter là ? Parce que bon.

J'ai pas envie de mourir de faim.
Il avait confessé qu'il ne savait pas faire la cuisine, il espérait bien que l'autre verrait bien qu'il faisait des efforts quand même, il aurait pu se contenter de râler hein. Bon, il n'allait pas le remercier non plus, ça lui aurait vraiment fait mal, oui, cela aurait réellement été physiquement impossible, même si il l'avait voulu. De toutes façons il ne voulait pas. Il se gratta l'arrière du crâne, assez gêné. Bon. Il allait devoir passer les prochains mois et peut-être même plusieurs années avec ce type, il aurait été naturel qu'il lui pose des questions sur ce qu'il faisait dans la vie, qu'ils s'échanges les banalités d'usage, mais il redoutait un peu ce qu'il pourrait découvrir, et puis cela ne l'intéressait pas vraiment. Tant qu'Aacaeleb se faisait discret -autant que possible, c'était pas gagné- il n'en demandait pas plus. C'était exactement pour ça qu'il fuyait le repas qu'on lui proposait, la conversation. L'idée de se nourrir gratuitement dans un endroit plus classe que les centres pour SDF n'était pas pour lui déplaire, mais il faudrait parler, avec lui, et il ne voyait pas ce qu'ils pourraient trouver à se dire.
Bras résolument croisés sur sa poitrine et pied droit qui trépignait nerveusement. Il devait avoir l'air à l'aise tiens.


_ Haha. J'plaisantais, hein ! C'est très aimable de votre part, mais je n'aime pas trop ce genre de choses en fait. Heu, ça vous dit pas plutôt de...bah d'm'expliquer comment cuisiner ces trucs que vous venez d'acheter là ? Parce que bon...'fin j'sais pas trop. C'est pour quoi que vous voulez m'inviter au restau' d'abord ?

Voilà, poser des questions, ça lui ferait gagner du temps et il pourrait profiter de se sursis pour trouver quelque chose. Quelque chose où ils seraient occupés physiquement tous les deux et qui élaguerait donc naturellement toute discussion un peu poussée. Pourquoi pas un bowling ? Ou aller en ville faire les magasins ? Ouais non, peut-être pas. Une salle d'arcade ? Ou alors...

_ Dites, vous êtes fort au paintball ?
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Coalition. [Rocio.]

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