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 Comme un présage...[Kairie]

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MessageSujet: Comme un présage...[Kairie]   Jeu 6 Déc - 19:06





Comme toujours en cette saison et parce qu'il avait oublié de prendre des gants, Rocio marchait les mains enfoncées dans les poches jusqu'aux coudes. Il errait sans vraiment savoir où il allait. C'était devenu une habitude depuis qu'Aacaeleb avait emménagé chez lui. Lui qui n'était jamais sorti de son plein gré préférait maintenant la ville et son froid mordant à la compagnie de son colocataire. C'était quand même un comble que de se retrouver chassé de chez soi, se disait-il alors qu'il jetait des coups d'oeil pensifs aux vitrines couvertes de buée qu'il dépassait. Il s'arrêta devant celle d'une ancienne boutique de vêtements aujourd'hui en vente et souffla dessus un moment, jusqu'à obtenir une surface suffisante pour écrire quelque chose. Ou faire un dessin. L'air glacial lui engourdissant visiblement le cerveau autant que les doigts, il manquait cruellement d'imagination à ce moment précis, et se contenta d'écrire son prénom dans une calligraphie qu'il trouva très élégante et recherchée. Un prénom de fille. Mais ici, au Japon, cela n'avait aucune importance. Mais tout de même, ça faisait mal à son ego à chaque fois qu'il l'écrivait. Il n'avait jamais pensé à ses parents pourquoi ils l'avaient appelé comme cela. N'en avait jamais eu l'occasion non plus. Il effaça le nom avec sa manche et haussa les épaules avant de poursuivre sa route le long des trottoirs givrés. Malgré son écharpe en laine derrière laquelle il essayait de protéger son visage, il ne pouvait parfois s'empêcher de claquer des dents. Ce n'était même pas l'hiver encore, mais Rocio n'avait jamais aimé les basses températures. C'était dans ses gènes c'est tout. Ces gènes qui venaient du sud et des terres de soleil. Qui l'eu cru en, cet instant, en voyant son teint blafard et ses traits figés.
Il en avait marre. Marre de marcher sans but. Il était temps qu'il s'arrête dans un bar ou un café quelconque et qu'il se commande quelque chose de chaud à boire. Après il n'aurait qu'à passer à la librairie, peut-être que son patron aurait du travail pour lui, ça lui donnerait une bonne raison de s'enfermer dans sa chambre pour le reste de la journée et donc, d'éviter Belia. Et dans son petit appartement, ce n'était pas toujours évident. C'était son jour de congé, mais il ne cracherait pas sur quelques traductions, de toutes façons, il n'avait que ça à faire, et repenser à ses parents lui avait donné l'envie de retrouver sa langue maternelle. Cet emploi du temps sommaire lui plaisait assez,

Alors qu'il s'apprêtait à tourner à droite au bout de la rue, une boutique dans l'avenue attira son attention. Elle n'était pas plus attrayante que les autres, peut-être simplement un peu plus grande, mais c'est la nature même du magasin qui l'interpella. Une animalerie. Il savait qu'elle était là, si proche de chez lui, mais il n'avait pas l'habitude de passer devant. Disons qu'en réalité, il l'évitait. De là où il était, il ne voyait pas l'intérieur, mais il devinait sans peine les rangées de cages alignées le long des murs. Et les hybrides se trouvant à l'intérieur. Cette pensée lui retourna l'estomac et il senti l'amer goût de la bile au fond de sa gorge. Mieux aurait valu qu'il ne se laisse pas distraire par cet imbécile de chien qu'il avait croisé dans le parc. Voilà où il se retrouvait.
Rocio détestait les chats, mais n'avait absolument rien contre les chiens. Ni les animaux en général. Non, c'était simplement la compagnie des hybrides qui lui faisait horreur. Qui lui faisait peur, bien plus qu'il ne pouvait se l'avouer à lui-même. Alors pourquoi irait-il jeter un oeil dans cette animalerie ? Poussé par une curiosité malsaine ? un besoin de se faire du mal ? De se rappeler sa condition ? Ou tout simplement pour les voir des ses propres yeux enfermés. Prostrés dans des cages trop petites pour eux et inoffensifs. Surtout inoffensifs. Un tremblement qui n'avait rien à voir avec le froid agita ses doigts quand il traversa l'avenue avec les autres piétons. Peur, anxiété, l'envie de rebrousser chemin, l'intime conviction d'être en train de faire une autre grosse connerie aussi...Il en serait même venu à se demander si il n'aimait pas se faire du mal en fréquentant des gens qu'il ne pouvait pas supporter. Une sorte de masochisme social. Ou alors une punition contre lui même pour être aussi introverti. Et puis peu importe ce dont il s'agissait, il était maintenant sur l'autre trottoir et poussait la porte de l'animalerie dans le même élan. Si il avait hésité, ou réfléchit, sûrement ne serait-il pas entré là dedans. Mais il n'avait pas hésité, et encore moins réfléchit. Il avait été égal à lui même.
Stupide.


_Bonjour...

Cela suffisait. Un coup d'oeil au vendeur l'assura qu'il n'avait rien à faire ici. Il n'avait pas l'air méchant, juste...professionnel. Juste un vendeur ordinaire, qui ferait le commerce d'une marchandise ordinaire. Même pas des animaux, non, des objets. Au prix arbitraire et négociable. Après tout, c'est ce qu'étaient les hybrides, inutile de s'en formaliser. Le gars lui répondit d'un signe de tête distrait. Pas japonais lui. Avec ses cheveux châtains et ses yeux clairs, il devait être un de ces jeunes occidentaux, français en général, qui venaient chercher du boulot au Japon. C'était la grande mode en ce moment, mais le problème, c'est que l'on n'avait absolument pas besoin d'eux ici. Cela le fit penser à Aacaeleb et il se demanda vaguement ce que dirait celui ci si il le voyait dans ce genre de boutiques. Il ne connaissait absolument pas la position de son étrange colocataire à propos des hybrides il aurait donné beaucoup pour la connaître. Peut-être devrait-il lui demander de l'accompagner ici un de ces jours, en prétextant n'importe quoi. "Besoin d'aide pour les tâches ménagères ? Je ne suis vraiment pas doué et vous n'avez pas à tout faire vous-même. Je me disais que je pourrait peut-être acheter un hybride, qu'en pensez-vous ? Il serait à ma charge bien sûr..". Hm. Ouais, non. Ils étaient aussi bavards l'un que l'autre et cette soudaine sollicitude de sa part pourrait paraître suspecte aux yeux d'Aacaeleb.

_Heu, excusez-moi, je ne m'y connais pas trop en matière d'hybrides. Pourriez-vous me conseiller un peu ?

Le brave garçon n'avait rien d'autre à faire visiblement. Il ne se fit donc pas prier et commença à lui réciter un discours commercial visiblement appris par coeur dans un japonais plus qu'approximatif. C'est bien ce qu'il pensait. Vraiment quelqu'un dont on n'avait absolument pas besoin ici. Ce n'est que quand il lui demanda quel type d'hybride il recherchait que Rocio cessa de médire intérieurement de occidentaux en tous genres qui lui pourrissaient la vie pour revenir à la réalité. Pris de court, il chercha une idée autour de lui et ses yeux tombèrent immédiatement sur les...créatures..dans les cages. Pas animaux et pourtant pas humains, un mélange vulgaire entre l'humanité et la bête, un croisement grossier. Grossier et imparfait. Ils avaient l'air humains, mais possédaient des attributs poilus, écailleux..des plumes, des oreilles ou encore des cornes et des sabots. Tant d'imperfections, de preuves de leur non-appartenance à la race sacrée des Hommes. Il aurait presque retiré ce qu'il venait de penser à propos des occidentaux pour les considérer comme l'équivalent de membres de sa famille. sauf Aacaeleb bien sûr, fallait pas charrier non plus.
Et ils levaient la tête à son passage. Certains les yeux pleins d'espoir, les autres aux regards chargés de haine et de rancoeur, d'autres encore préféraient se tasser dans un coin de leur cage, comme si il pouvait les atteindre à travers les barreaux et leur faire du mal. Mais il pouvait réellement en fait, et cette constatation le remplit d'un sentiment de puissance délicieux. Il pouvait, il n'avait qu'à sortir le porte-monnaie et l'un d'entre eux serait à lui. A lui seul. Et il pourrait faire de lui ce qu'il voudrait. Mais qu'en aurait-il fait ? Son exaltation retomba aussitôt qu'elle était apparue. Il n'avait pas de place où loger un hybride, il faudrait s'occuper des frais de nourriture aussi, et à part le ménage, et le frapper éventuellement, il n'en aurait aucune utilité. Et vivre avec un hybride en plus d'un Aacaeleb n'était pas une idée qui l'enchantait particulièrement.


_Je...je n'en sais trop rien en fait. Merci beaucoup, je vais regarder.

Le vendeur n'insista pas et retourna s'asseoir derrière son comptoir où il commença à jouer avec son portable. Très professionnel. Rocio revoyait encore son jugement à la baisse sur lui. Peu importait cependant, car il vait d'autres préoccupations. Ses yeux cherchèrent, parmi les hybrides exposés dans le magasin, des signes particuliers, des hybrides exotiques. Ou des inus. Il aimait bien les chiens. Il n'y avait qu'une jeune fille de cette race vers le fond de la boutique. Pas très intéressante, et elle lui lança un regard apeuré quand il s'approcha de sa cage avant de se pelotonner dans le coin le plus éloigné de celui où il se trouvait. Pitoyable. Il n'avait rien à voir avec ces choses, et il l'aurait bien achetée, ou aurait demandé au vendeur de la sortir pour qu'il puisse la regarder plus à son aise simplement pour le lui faire savoir, mais il renonça à cette idée et se détourna de la fillette pour reporter son attention sur les autres cages. Ces cages d'où deux yeux rouges le fixaient.
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MessageSujet: Re: Comme un présage...[Kairie]   Lun 10 Déc - 21:13



Comme un présage...


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Depuis combien de temps était-elle là ? Depuis combien de temps était-elle là, en train de se meurtrir les articulations dans le fond de sa cage ? Depuis combien de temps n'avait-elle pas touché à ce qu'on lui donnait en guise de «nourriture» ?

Elle avait l'impression que cela durait depuis une éternité, elle avait l'impression que ses membres étaient tous engourdis et frigorifiées depuis une éternité et qu'elle était là, à observer les gens qui passaient et repassaient en l'observant comme si elle était une bête de foire depuis toujours.

Aujourd'hui, n'était pas un jour différent des autres, la seule différence était certainement la météo, la température extérieure était légèrement plus basse qu'habituellement alors, cette fois-ci les gens venaient en étant recouverts de morceaux de tissus épais de la tête au pieds, laissant à peine apparaître un morceau de leur peau rougie par le froid. Claquant pratiquement tous des dents, ils offraient un merveilleux concert à ceux qu'ils étaient venu observer, mais bien souvent, la jeune hybride aux ailes noires ne profitait pas de cette «musique» comme le faisaient ses confrères qui savaient ouvrir leur gueule quand il le fallait et d'une bonne manière, elle, elle se contentait de fixer ces passants d'un regard neutre, parfois effrayé, parce qu'elle n'aimait pas la lueur qui se trouvait dans le regard de telle ou telle personne... Aujourd'hui, les gens défilaient moins dans les allées de cages, peut-être n'étaient-ils pas assez courageux pour sortir dehors par ce froid ou peut-être était-ce le début de la saison creuse. Cette fameuse saison, crainte par tous les commerçants parce que c'était à ce moment là que leur chiffre d'affaire chutait fortement, cette fameuse saison où les gens n'avaient même pas le courage de sortir dehors pour y faire quelques courses.

Pourtant, il restait quelques âmes courageuses, l'une d'entre elle semblait être un homme, pas des plus virils point de vue apparence, mais il restait un homme quand même, des cheveux aussi noirs que ceux de la jeune hybrides, des yeux légèrement bridés, et un corps au teint pâle, il était un mélange de différentes origines, mélange pas forcément remarquable au premier coup d'oeil mais si l'on y faisait bien attention, c'était visible, du moins, pour Kairie, ça l'était. Après tout, elle passait ses journées à détailler le physique de chaque personnes qui venaient devant sa cage, elle n'avait que ça à faire d'une certaine manière. Cependant, il y avait quelque chose qui la dérageait chez cet individu, non, ce n'était pas ses espèces d’accessoires de diverses couleurs peu discrètes, mais ce détail qui la dérangeait venait de son regard, oui, pourtant, on pourrait penser que dans ses yeux noirs il n'y avait rien de particulier, mais on pouvait y lire des choses que Kairie n'aimait pas, non, elle n'amait pas ce regard qu'il affichait. Pourtant, elle ne saurait vous dire exactement ce qu'elle y lisait, ont aurait pu lire du mépris dans son regard, une sorte de peur, d'hésitation, un regard qui semblait vouloir dire «Qu'est-ce que je fous ici ?».

Il se montra alors intéressé par une Inu, apeurée par celui-ci elle s'était collée dans le fond de sa cage en tremblant jusqu'à ce qu'il se montre complètement désintéressé par celle-ci et qu'il se retourne dans la direction de la cage du corbeau qui était légèrement plus grande que celles des hybrides moins imposants qu'elle. Après tout, ses ailes n'étaient pas flexibles à souhait, et, même si celles-ci n'étaient pas des plus imposantes, il fallait qu'elles soient tout de même dans une position qui éviterait de les abîmer. Après tout, qui voudrait acheté un hybride oiseau dont les ailes sont meurtries ou brisées ?

Elle le regardait, elle ne le quittait pas des yeux, elle était intrigué par cet homme au regard si déplaisant. Elle était tellement préoccupée par le regard de cet homme qu'elle ne remarqua pas le vendeur qui avait du mal à tenir en place, il se tortillait derrière son comptoir en se frottant les mains nerveusement. A chaque fois qu'un client pénétrait dans le magasin et que celui-ci demandait à réfléchir seul, il exécutait ce même rituel. Après tout, il avait l'opportunité rare de vendre une de ses bêtes et qui plus est, en pleine période creuse, alors pour lui, il ne fallait surtout pas gâcher cette chance. Au moindre signe d’intérêt que le fameux client pourrait montrer, il sauterait presque immédiatement sur lui pour lui montrer le dit spécimen.



HRP: Si ça ne te convient pas, dis-le moi, je corrigerai le tout. Malheureusement, je ne voyais pas ce que je pouvais faire pour faire un peu avancer l'action...


© Never-Utopia
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MessageSujet: Re: Comme un présage...[Kairie]   Dim 16 Déc - 12:42





Le vendeur commençait à frétiller, il le savait, il l'entendait gigoter derrière lui. C'était désagréable de se sentir épié comme...un animal. C'est exactement ce qu'il était en train de faire à ces hybrides, mais il chassa rapidement cette idée de son esprit pour se concentrer sur ces derniers en essayant d'oublier le regard avide du vendeur vissé à son dos. Terriblement désagréable. Il n'était pas un hybride lui, n'avait rien de particulier, il était un être humain comme les autres, il n'y avait aucune raison pour que l'on le fixe de cette manière, mais il n'était pas assez sûr de lui pour le dire à voix haute, pour se retourner et s'adresser directement au principal concerné. il était petit et faible, et cela le mettait hors de lui. Enfin, c'était une image, car il n'avait strictement pas changé d'attitude, il se contentait de pester, jurer, et imaginer toutes les tortures du monde qu'il ferait subir à cet insupportable commercial de merde si il en avait les moyens et le pouvoir. Dans un monde parfait où il serait un tyran absolu et qu'il pourrait être ce qu'il voulait, sans avoir à se préoccuper du regard des autres. Mais cela aussi, c'était impossible, et il doutait que cela change en fait.
C'était tout. Il caressa distraitement les barreaux de la cade en face de lui sans oser croiser le regard rouge qui l'intriguait tant. Il n'aimait pas le rouge, il trouvait cette couleur vulgaire, trop aimée, trop symbolique. Ce devait être terriblement ennuyeux d'avoir les yeux rouges. Lui les avait noirs, cela n'intriguait personne, n'était absolument pas original, c'était discret et élégant, du moins c'est ce qu'il aimait se dire quand il se regardait dans le miroir. Quand il détaillait son corps qui était quelconque au possible et dont il ne pouvait tirer aucun orgueil, qui lui permettait de vivre, et c'était tout, et qui ne portait aucun bon souvenir en lui. Il leva les yeux d'un air absent, s'attendant presque à rencontrer une nouvelle fois son reflet de l'autre côté de cette surface glacée où il avait posé ses mains. Mais ce n'était pas lui. Et pourtant, un instant, il avait failli le croire. Un teint blafard, des cheveux noirs mi-longs où ne brillait aucun reflet, aucun signe attirant l'attention, ce corps frêle et osseux...C'était une femme, voilà la seule différence. Ils étaient chacun enfermés dans une cage, même si elle n'était pas de même nature, et elle avait des ailes, mais il étaient pareils tous les deux. Aussi effrayés l'un par l'autre. Cette idée lui fit peur et il recula de quelques pas, s'arrachant au spectacle de la jeune fille pelotonnée au fond de la cage.

Le vendeur n'en avait pas perdu une miette et se leva de son tabouret aussi vite que si il avait été monté sur ressors pour se précipiter aux côtés de Rocio, tout sourire. Si cet hybride l'intéressait, il n'y avait aucun problème pour qu'il la sorte de la cage. Peut-être apprécierait-il de la voir un peu mieux ? Ces hybrides quand même, il ne savaient vraiment pas se comporter, ils pourraient au moins se tenir correctement, qu'on n'est pas besoin de les toucher pour pouvoir les regarder. Après tout, leur avenir se trouvait entre les mains des humains, ils auraient pu se montrer un peu plus intéressés par leur sort et essayer de faire bonne figure, mais non, ce n'était que des animaux, ils ne comprenaient pas ce genre de choses. C'était scandaleux mais c'était comme cela, on n'y pouvait rien. Il avait déjà sortit le trousseau de clés de sa poche quand Rocio secoua la tête, l'air dépité. Il n'avait aucune envie que l'on tire cette bestiole hors de sa boîte. Qu'elle y reste. Non, vraiment, il ne voulait pas la voir, elle ne l'intéressait pas, il préférait continuer à examiner les autres.
Mais c'était faux. Malgré toute la volonté qu'il mit pour essayer de chasser l'hybride aux yeux rouges de sa tête, il n'y parvint pas. Il y avait des hybrides très originaux dans les cages de l'animalerie, à défaut d'y avoir des inus, mais aucun ne retint son attention. Ses pensées revenaient sans cesse à ce double de lui même qu'il avait aperçu dans le reflet sanglant des iris du corbeau. Car c'était un corbeau, cela se voyait tout de suite. Mais..qu'est ce qu'il en avait à faire en fin de compte ? Il n'était entré ici que par curiosité, il n'avait aucune réelle intention d'acheter quoi que ce soit, et certainement pas une bestiole qui le mettait aussi mal à l'aise. Il aurait vraiment mieux fait d'éviter cet endroit, comme d'habitude. Enfin, comme dans ses nouvelles habitudes, car depuis qu'Aacaeleb avait emménagé avec lui, ses habitudes avaient été grandement bouleversées. Tout était de sa faute à celui-là, depuis qu'il était entré dans sa vie, rien n'allait plus. Il se retrouvait à faire des choses insensées, à changer, presque. Dieu qu'il le détestait ! Et pourtant...pourtant quelque chose, cette petite chose au fond de son ventre, lui disait qu'il avait eu raison de venir ici. Il ne savait pas ce que c'était, il avait bien pensé à une forme de présage, de prémonition, mais il n'y croyait pas trop. C'était une petite sensation tapie au fond de lui, qui lui faisait simplement sentir qu'elle était là, qui l'encourageait, qui lui disait qu'il était dans un lieu important, dans un moment important, et que ce qu'il ferait à ce moment et à cet endroit le serait tout autant. mais aucune indication sur ce qu'il devait faire.
C'était...comme une petite luciole.
Rocio aimait bien les lucioles.

Il se retourne plusieurs fois vers la cage du corbeaux alors qu'il se promenait distraitement dans la boutique mais ne rencontra plus son regard, désormais caché dans ses genoux, ou ses bras, il n'avait pas très bien vu. Il remercia le vendeur de sa patience et de ses conseils et lui dit qu'il réfléchirait sérieusement à l'achat d'un hybride en rentrant chez lui, qu'il était surtout venu par curiosité et qu'il voulait savoir exactement de quoi il avait besoin avant de s'encombrer d'un animal. C'est qu'il avait l'air déçu le vendeur, mais Rocio s'en moquait bien, de toutes façons il n'avait pas l'intention de revenir. Jamais. Il avait comprit qu'il n'avait rien à faire dans cet endroit, peu importe ce qu'en disait la luciole dans son ventre. Il quitta la boutique la tête haute et respira longuement l'air glacé qui l'entourait avec l'intime conviction qu'il n'avait pas fait ce qu'il fallait.


_Putain !

Il s'arrêta à un distributeur automatique et retira tout ce qu'il pouvait, comme à chaque début de mois. En général, il le faisait parce qu'il aimait avoir son argent sur lui mais aujourd'hui, il en avait vraiment besoin. Fourrant maladroitement les billets dans son porte-feuilles, il repartit à la boutique à grandes enjambées. La luciole s'agitait au milieu de ses intestins. Il poussa la porte sans grande délicatesse, faisant tinter le carillon qui était suspendu de manière assez peu harmonieuse. Le vendeur sursauta et haussa un sourcil, visiblement surpris de le revoir. Sans ajouter un moment, il sourit à son client, comprenant que cette fois, il allongerait généreusement la monnaie. Rocio le lui rendit, agrémentant ce savant étalage de dents d'un regard méprisant à sa façon qui ne laissait place à aucun doute quant à sa façon de penser à propos des vendeurs en général et des vendeurs occidentaux en particuliers. Sans plus lui prêter la moindre attention, il fit disparaître la distance qui le séparait de la grande cage du corbeau et appuya ses mains dessus, approchant son visage le plus près possible des barreaux. Elle n'avait pas bougé, ou alors avait repris une position très similaire à celle dans laquelle il l'avait laissée en quittant la boutique. Comme si elle l'avait attendu, comme si elle avait su qu'il reviendrait. Ce n'était pas normal. Pourquoi, aujourd'hui, tout semblait-il dirigé par par un autre que lui ? Il était sensé être maître de ses décisions et pourtant, un subtil changement s'était opéré alors qu'il marchait le long des vitrines tout à l'heure, ou peut-être depuis qu'Aacaeleb avait pénétré son petit monde, et il se retrouvait le spectateur de sa vie. Ou peut-être l'acteur, mais grâce une partie de lui qu'il ne connaissait. C'était très étrange.
Se penchant encore un peu, presque jusqu'à ce que son nez touche les barreaux, il articula exagérément, comme si il s'adressait à une débile mentale:


_Toi. Tu vas venir. Avec moi. D'accord ? Enfin non, d'accord ou pas d'accord j'm'en fous. Tu viens.

C'était tellement de donner un ordre contre lequel on ne pourrait pas se rebeller. Tellement bon de se savoir être un maître. Mais évidemment, cela avait un prix, les tyrans se devaient d'être riches de nos jours. Heureusement pour lui, il avait de quoi payer son autorité, sinon il n'aurait eu qu'à se contenter d'être une personne normale. c'était sûrement pour cela bien plus que par utilité que les hybrides avaient été créés, pour donner l'impression au citoyen lambda qu'il était quelqu'un d'important, qu'il y aurait toujours quelqu'un en dessous de lui, même un minuscule traducteur d'espagnol de merde dans une librairie méconnue de Kichi. C'était dégueulasse, mais c'était si bon.

_Et toi t'as comprit ?

Aboya-t-il à l'adresse du vendeur qui, surpris de se faire héler d'une manière aussi discourtoise, mis quelques secondes à comprendre ce que Rocio lui demandait. Il sortit donc ses clés de sa poche d'un air penaud et ouvrit la cage de l'hybride.
Comme le brownie industriel.

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